Alliés : quand le grotesque frise le génie

Alliés ou l’originalité d’allier le vieux avec… le vieux. C’est quand même dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes ! Voilà un lieu commun que n’aurait certainement pas renié Léon Bloy.

De l’humble Joe Dante, qui continue tant bien que mal à produire ses inventives séries B (Burying the Ex), à l’inoxydable Spielberg, Robert Zemeckis – à qui l’on doit la trilogie Retour vers le futur et bon nombre de petits chefs-d’œuvre du cinéma populaire – fait partie de ces derniers dinosaures d’Hollywood, encore en activité.

Après le sympathique Flight et l’inutile mais non moins divertissant The Walk, il nous revient avec un film totalement désuet, fleurant bon l’ambiance des studios Warner des années 40.

1942 : l’agent secret Max Vatan (Brad Pitt) rencontre la résistante française Marianne Beausejour (Marion Cotillard) lors d’une dangereuse mission derrière les lignes ennemies en Afrique du Nord. Ils décident de cesser leurs activités et de se retrouver à Londres où leur relation sera menacée par la guerre.

Aucune originalité mais un savoir-faire et surtout une envie de réaliser des scènes de cinéma, autrement dit des séquences purement cinématographiques qui échappent à tout réalisme : la scène de sexe dans la voiture en pleine tempête et l’accouchement sous le bombardement de Londres, pour ne citer qu’elles.

La filiation avec Casablanca de Michael Curtiz est claire et se sent durant tout le film. Alliés démarre au Maroc dans un bar qui pourrait très bien être celui d’Humphrey Bogart pour se finir par une révélation qui nous renvoie directement à la scène culte dans laquelle Ingrid Bergman joue la Marseillaise devant les Nazis.

Il ne s’agit pas tant d’un film se déroulant dans les années 40 qu’un film tourné comme dans les années 40. Robert Zemeckis fait l’impasse sur toute l’évolution du film de guerre comme s’il n’y avait rien eu depuis Casablanca. Ce parti pris est tellement assumé qu’il peut s’avérer grotesque et pourrait donner libre cours à une flopée de films parodiques du genre Y a-t-il un Nazi pour sauver le monde?

Ce retour aux sources fait énormément de bien, même s’il est discutable. Les maladresses et autres facilités de scénario risquent fort de ne pas trouver grâce aux yeux du public d’aujourd’hui, plus habitué à un certain réalisme faussement crédible. Les amateurs d’Inglorious Basterds n’y trouveront pas leur compte et souligneront un soi-disant manque d’audace.

Le duo Brad Pitt et Marion Cotillard fonctionne assez bien, malgré le charisme de plus en plus fade de l’acteur. Véritable atout comique du film, avec son français des plus approximatifs, Brad Pitt se la joue Bogart dans un film qui oscille entre ridicule et charme antédiluvien. Un régal !

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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