En attendant les barbares au National

Retour sur la pièce En attendant les barbares des frères Thabet qui s’est jouée au Théâtre National du 13 au 17 octobre derniers. 

C’est indéniablement avec leurs tripes que les frères Thabet ont accepté la commande du festival de Liège de créer un spectacle à Lampedusa, dans le cadre du festival Sabir d’Ascanio Celestini. Celles de metteurs en scène bien sûr, mais celles de citoyens peut-être avant tout. Leur spectacle est une ode à la Méditerranée, nourricière de relations fécondantes entre les cultures et les civilisations, qui invite depuis des millénaires aux contacts multiples et permanents entre ses deux rives, donnant naissance à des influences variées créées par sédimentations successives, ingrédients évidents de sa culture populaire.

Barbares 1

En attendant les barbares est un spectacle où se mêlent les chants profonds du pourtour méditerranéen, la chaleur des vidéos des paysages méridionaux, les nûbas pénétrantes de Tunisie, de Syrie ou d’Egypte, les poèmes populaires évocateurs de « l’autre rive abandonnée », laissés depuis des millénaires sur les côtes siciliennes ou grecques par des voyageurs.

Ali et Hèdi Thabet, avec la sincérité touchante de deux enfants de la Méditerranée, rendent un hommage vibrant et offrent un visage à ces expatriés, exilés, réfugiés, migrants, qui ont depuis des générations franchi la mer pour chercher une autre vie, et venir enrichir les cultures et civilisations européennes. Par petites touches, au travers d’un camaïeu de tableaux soulignés d’une lumière chaude et tamisée, en bord de plage, ils dressent le portrait de ces individus anonymes en souffrance échoués là, dont on crée une masse que l’on désincarne, avec lesquels on fabrique des statistiques et des informations complaisantes et superficielles dans les journaux. Ils rappellent de manière cinglante le véritable coût de la migration : les luttes, l’espoir, la tristesse, le courage, les sacrifices, la mort des migrants, autant d’histoires individuelles, autant de visages de l’exil.

Barbares 2

La création des frères Thabet, si elle semble manquer parfois de lisibilité – notamment pour les interventions du poète grec- touche pourtant profondément, par son esthétique en porte-à-faux avec la dureté de la réalité qu’elle donne à voir. Circassiens dans l’âme, les frères Thabet, qui nous avaient éblouis avec Nous sommes pareils à ces crapauds qui…, s’attachent ici à faire entendre leur voix en utilisant différents supports, comme autant de visages de l’exil. Ils repositionnent le bassin méditerranéen comme le creuset antique qu’il a toujours été, au sein duquel les flux migratoires sont constitutifs d’une histoire commune et riche. Enfin ils renvoient inévitablement Bruxelles et ses citoyens à leurs responsabilités, à l’heure où les politiques migratoires de l’Union sont sévèrement critiquées. « Si nous ne brûlons pas, comment éclairerons-nous les ténèbres ? » –  à méditer !

En attendant les barbares 

Mise en scène: Ali et Hèdi Thabet

Avec : Artémis Stavridi, Patrizia Bovi, Mehdi Ayechi, Sofyann Ben youssef, Nidhal YahYahoui

Tarifs : de 11€ à 20 €

Durée du spectacle : 45 min

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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