La Chambre bleue, le chaud et froid

Présenté en ouverture du dernier Brussels Film Festival, ainsi qu’en sélection officielle à Cannes, le nouveau et très attendu film de Matthieu Amalric est sorti sur les écrans belges. Autant son dernier film, Tournée, était rabelaisien, autant La Chambre bleue se pose en contraire formel.

La chambre bleue fut le refuge de l’amour adultère d’Esther et Julien, mais n’a-t-elle pas été également le repaire d’une entreprise criminelle ? C’est ce que cherche à savoir la justice qui s’écrase sur les épaules de Julien comme du plomb sur une plume.

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Avec cette adaptation d’un des romans les plus érotiques de Simenon, un des plus noirs aussi, Matthieu Amalric entre dans le prestigieux cercle des cinéastes ayant adapté l’œuvre du célèbre romancier liégeois: Claude Autant-Lara, Melville, Verneuil, Tavernier, Lautner, Chabrol, pour ne citer que les plus connus.

Devant et derrière la caméra, Amalric filme la descente aux enfers d’un homme en proie à l’incompréhension, tétanisé face au rouleau de la justice et qui cherche dans ses souvenirs des réponses, plus pour comprendre que s’inscrire en faux face à ses accusateurs.

Si l’action a été transposé à notre époque, Matthieu Amalric n’en reste pas moins fidèle aux mots de Simenon et à l’extraordinaire structure narrative du roman qui se joue du temps avec la souplesse d’un acrobate pour passer sans ciller du présent au passé. Cette proximité assumée avec le roman combinée au contexte contemporain confère aux dialogues une inclinaison anachronique qui soutient l’ambition du cinéaste d’associer le chaud et le froid, le doux et le dur, l’érotique et le chaste. Dans cette entreprise, il s’appuie sur le travail sophistiqué de Christophe Beaucarne (fils de Julos) à la photo qui se charge de nuancer les ambiances.

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Dans le rôle de la maîtresse, l’étonnante Stéphanie Cléau, compagne de Matthieu Amalric à la ville, fait ses premiers pas devant la caméra et apporte à son personnage l’opacité et l’exotisme qu’énonce sa méconnaissance auprès du grand public. Elle est la chaleur et l’aventure face à Léa Drucker, mutique et effacée comme il se doit dans le rôle d’épouse, qui incarne la routine et la froideur. Matthieu Amalric, même s’il force parfois le trait, campe son personnage avec conviction. Un caractère ambigu à la personnalité imperméable, susceptible d’être aussi bien la victime d’une erreur judiciaire, que le cerveau d’un crime machiavélique.

Avec cette adaptation enlevée et ambitieuse, Matthieu Amalric séduit et confirme son talent de cinéaste. Un cinéaste audacieux et éclectique puisqu’il fera encore honneur au patrimoine littéraire francophone avec l’adaptation en préparation d’une œuvre assez différente de celle de Simenon, s’agissant du célèbre roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir. Dont acte.

A voir à partir du 24 juin 2014.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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