Notre château, un livre troublant et effrayant

Notre château, qui paraîtra le 21 janvier 2016 chez Le Tripode, est un livre qui ne peut pas laisser indifférent, tant il est dérangeant. Qu’on apprécie le genre ou qu’on y soit insensible, il faut reconnaître un certain talent à l’auteur français Emmanuel Régniez, dont c’est seulement le deuxième texte de fiction publié (et le premier roman), ce qui, à vrai dire, ne se ressent pas, tant il semble maîtriser les ficelles de l’exercice romanesque. Auteur de L’ABC du Gothique, paru en 2012 chez Le Quartanier, composé de plusieurs (très) courts textes (par ici pour un assemblage de quelques critiques de ce premier livre), passionné de littérature, il a été enseignant et est aujourd’hui libraire à Bruxelles.

J’ai mis ce livre dans les mains d’un ami, pour avoir son avis. Il a détesté, s’est arrêté au tiers, m’expliquant qu’il préfère des livres qui détendent, qui racontent une histoire agréable et permettent de lire sans se poser de questions et sans « se prendre la tête ». Pour ma part, j’ai plutôt apprécié ce livre non sans qualités. Mais, il a raison sur un point : ce roman, court mais intense, est 100 % prise de tête. L’histoire est, de premier abord, assez simple : un frère et une sœur vivent seuls à deux dans leur maison familiale, « Notre château », un peu misanthropes, presque entièrement reclus.

On sent s’annoncer un texte un peu triste sur le retrait volontaire de la vie sociale (c’est fatigant la vie et tous ses imprévus…). En fait, ça prend une direction bien plus éprouvante pour le lecteur. Sans vous gâcher l’histoire en vous déballant les moindres ressorts de l’intrigue, rapidement, les liens entre réel et fiction commencent à se distendre, voire à se distordre. On comprend assez vite que la réalité n’est pas nécessairement telle qu’elle paraît, mais on ne peut pas encore deviner la direction prise par l’histoire qui s’emballe, les histoires de ces personnages sont chahutées, et on en découvre toujours un peu plus, à demi-mots. Pour le pire, surtout, faute de meilleur.

On craint la folie – compréhensible vu l’isolement – mais tout s’avère plus compliqué, complexe et empreint de noirceur, au point que ne sait plus trop quoi penser, comprendre ou imaginer… Dans un univers à l’obscurité indéniable, Emmanuel Régniez amène le lecteur exactement où il le souhaite, nez-à-nez avec le tourment de l’esprit et la souffrance potentielle des vies chahutées. Un roman à lire assis bien au fond de son siège, avec suffisamment de lumière et un calme rassurant… pour ne pas risquer de succomber également ?

Amateurs de la littérature gothique, vous apprécierez sûrement ce texte qui s’en inspire tout en s’ancrant dans son époque, l’auteur étant tout sauf un vulgaire imitateur. Pour les autres, c’est l’occasion de découvrir ce genre particulier, au moins par curiosité. Les personnages sont décrits dans toute leur profondeur psychologique et existentielle. Les différents « décors » (physique, relationnel, familial,…) sont bien posés, notamment à l’aide d’un recours frénétique à la répétition qui, tel un marteau sur une enclume, fait résonner lourdement et rageusement ces idées noires chez le lecteur, jusqu’à l’en imprégner profondément.

Je dois vous laisser, je m’en vais de suite débuter une psychothérapie. Pour m’en remettre. Ou essayer.

Notre château, d’Emmanuel Régniez, Le Tripode, 140 p., 15 €. ISBN : 9782370550781.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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