Déjà le 2e numéro de Médor !

Comme nous vous l’avions déjà expliqué dans un précédent article, Médor est à la fois un nouveau magazine et une nouvelle façon de faire du journalisme (à moins qu’il ne s’agisse d’un retour à des sources vertueuses ?). Avec Médor, pas de course à l’info, mais un slow journalisme, qui prend le temps d’aller au fond des choses pour informer en détail sur des sujets complexes et qui font rarement la Une. De plus, cette remise au centre de l’enquête va de pair avec une mise en page originale et artisanale, qui donne un cachet tout particulier aux numéros de Médor. Ces derniers semblent toujours être l’aboutissement d’expérimentations et d’un processus d’apprentissage par essais et erreurs (et ce d’autant plus que les coordinateurs changent d’un numéro à l’autre), et ça leur donne un certain cachet.

Médor 2 Ovocytes

Dans ce deuxième numéro, la journaliste Céline Gautier propose une enquête de quinze pages sur ce qu’elle nomme, non sans humour, « La maculée conception ». Illustré par Dina Kathelyn, son texte, précis, informé et informatif s’intéresse au business des ovules qui fleurit en Espagne où se rendent entre autres de nombreux Belges, lorsque la conception d’un enfant ne se passe comme prévu. Faute d’ovules disponibles en Belgique (où les donneurs ne sont pas « encouragés »), l’Espagne s’impose comme une destination à même d’offrir LA réponse à un désir d’enfant et à un projet de vie en suspens. En effet, la loi y permet de rémunérer les « donneuses », ce qui augmente considérablement les « dons ». Un véritable business s’est développé, permettant notamment de sélectionner les ovules de son choix sur catalogue, pour assurer une plus grande ressemblance physique entre enfants et parents.

Les défis éthiques posés par un tel commerce transnational sont nombreux : les Espagnoles sont-elles plus généreuses, ou franchissent-elles ce pas pour gagner de l’argent dont elles ont bien besoin ? La procédure, qui implique différentes interventions, est-elle vraiment sans risque pour leur santé à plus long terme ? Actuellement, le manque d’études scientifiques prenant en compte la santé des donneuses invite à se poser la question. Pourquoi les registres des donneuses prévus aussi bien en Espagne qu’en Belgique ne dépassent-ils pas le stade de projet ? Sans dogmatisme, ni prise de position idéologique, que ce soit dans un sens ou dans un autre, la journaliste propose une enquête nuancée permettant à chacun d’en savoir plus sur ce phénomène et ses enjeux, afin de s’en faire sa propre idée et, en tout cas, d’être conscient d’un phénomène d’actualité qui interroge à la fois notre rapport à la vie, et à l’argent.

Médor 2 Étude du milieu

Également au menu de ce deuxième numéro de Médor, un article sur les « assistantes sexuelles » qui, malgré l’absence actuelle de statut en Belgique, accompagnent des personnes porteuses d’un handicap, qu’il soit de nature physique ou mentale. Différents témoignages et une mise en contexte du sujet permettent de comprendre de quoi il s’agit vraiment, mais aussi quelles réponses cela apporte, tout en soulevant une série de questions. Un autre article essaye de comprendre ce qui peut amener des jeunes belges musulmans à quitter leur vie à Bruxelles ou à Vilvoorde pour se rendre en Syrie. Cette plongée dans les filières de la radicalisation permet d’y voir plus clair sur ce processus social complexe. Plus loin, un article s’intéresse au parcours étonnant d’un ancien militant du parti politique écolo, ayant joué un rôle important durant ses premières années, avant de s’improviser lobbyiste et de distribuer des enveloppes à des fonctionnaires afin d’« aider » ses clients (principalement des industries très polluantes), par exemple en leur permettant d’anticiper les réglementations.

Après une première très bonne surprise, l’équipe de Médor confirme donc le sérieux de sa démarche journalistique et, ce qui ne gâche rien, sa capacité à proposer des articles agréables à lire (même sur les sujets qui pourraient, de prime abord, paraître des plus rébarbatifs). Aux textes s’ajoutent aussi des visuels étonnants, comme des images d’archives glaçantes rappelant à notre souvenir le rexisme et la collaboration belge francophone au projet nazi, mais aussi une bande dessinée qui nous explique, avec pédagogie, mais aussi cynisme, comment et pourquoi une famille de fermiers va probablement bientôt devoir quitter ses terres au profit d’un projet de zoning industriel, dans le Brabant wallon.

Peut-être que la seule faiblesse de ce numéro aura été l’entretien réalisé avec Anne Delvaux, ancienne journaliste, ancienne présentatrice de journal télévisé, et désormais ancienne sénatrice et députée européenne. Un travail de contextualisation, de commentaire ou d’enquête manque, de telle sorte que le lecteur pourrait avoir l’impression que les journalistes l’ont laissée se raconter à sa guise, sans être trop bousculée ni nous apprendre grand-chose de notable… Malgré cette petite faiblesse, Médor confirme son statut de magazine à part. Vivement le n° 3 !

Médor : les yeux ouverts. Trimestriel belge d’enquêtes et de récits, n° 2, printemps 2016, 17 €. ISSN : 2466-6718.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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