« Déserts d’altitude », récit de voyage

Dans Déserts d’altitude. Du Chili au Machu Picchu, 8 mois à pied sur la cordillère des Andes, la suissesse Sarah Marquis raconte le voyage qu’elle a réalisé à travers l’Amérique du Sud, en 2006. Passionnée depuis toujours par la nature et la marche, elle a tout naturellement décidé il y a plus de vingt ans de prendre la route et, depuis, elle entreprend régulièrement de longues marches, à la recherche d’elle-même et à la découverte du monde, en quête d’une certaine authenticité. Elle alterne ces voyages, réalisés dans un certain dénuement, avec des périodes de repos et de planification.

Aventurière reconnue, elle a reçu un prix européen dans cette catégorie en 2013 et a été nominée à un prix du National Geographic en 2014. Sauvage par nature, son précédent livre, paru il y a un an, également chez Michel Lafon, fut un véritable succès. Elle y raconte trois années de marche, de la Sibérie à l’Australie, source de difficultés, mais épanouissantes, car elles constituent autant de possibilités de dépassement de soi. Sarah Marquis voyage avec le strict minimum, attentive à réduire le plus possible le poids de son sac à dos, qu’il s’agit de porter de bout en bout, à raison d’une moyenne de 10 heures par jour. Tout au long du parcours, une série d’étapes sont planifiées où elle est ravitaillée, souvent par son frère, afin de ne pas dépendre des aléas de la route ou de la générosité et de la bienveillance d’inconnus pour survivre.

L’auteure-aventurière raconte ses joies et ses doutes, les moments les plus étourdissants et satisfaisants comme les plus inquiétants. Femme isolée traversant des endroits reculés et déserts, elle cherche à se faire discrète, et s’inquiète des réactions que sa présence est susceptible de causer. Loin d’être totalement spontanée et ouverte à l’autre, elle s’avère redoutablement préparée, et toujours sur la défensive, préparée au pire, prête à faire face à l’inattendu, sous toutes ses formes. Ce périple, elle l’avait déjà présenté dans La voie des Andes : 8 mois à pied sur la Cordillère des Andes, paru en 2007 chez Eucalype et aujourd’hui épuisé. Ses voyages sont toujours des défis un peu fous, qu’elle décide de relever en se donnant les moyens d’y parvenir.

Sarah Marquis 1

Pour Sarah Marquis, la vraie vitesse de notre corps, avec laquelle elle essaye de renouer par ses expéditions, c’est celle de la marche. En effet, la marche est le mode de déplacement auquel tous nos sens sont adaptés, au contraire de l’automobile, par exemple, qui ne permet pas de ressentir autant le monde qui nous entoure, par ses odeurs, sa vue, son toucher, etc. Sur la route du centre de ce qui fut l’empire inca, en altitude, à plus de 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, traversant plusieurs pays, elle nous fait partager ses états d’âme et décrit ses plus belles rencontres et sensations, tout comme l’âpreté de l’effort, sur un parcours d’environ 7 000 kilomètres (dont une partie faite sur l’eau, en canoë). Les anecdotes se succèdent, parfois attendrissantes, parfois assez pittoresques, entre chèvres, cavaliers, villageois habitant un hameau reculé, coupé de l’agitation du reste du monde, etc. L’histoire ici contée est d’abord celle d’un recentrement sur soi et sur la beauté de la nature, qui peut inspirer de nombreux lecteurs, dans un monde où tout va trop vite. On regrettera néanmoins que l’auteure passe trop souvent sur des merveilles qui, si elles avaient été décrites de façon plus détaillée, auraient pu être mieux ressenties par le lecteur. C’est finalement assez paradoxal qu’un livre qui invite à prendre le temps, notamment pour renouer avec la nature, se presse dans son fil narratif, jusqu’à en oublier que le lecteur ne peut ressentir que ce que l’auteure veut bien leur raconter. Peut-être aurait-il fallu un livre plus long, à même de rendre compte de toute la densité de cette expérience hors du commun.

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Déserts d’Altitude, de Sarah Marquis, Michel Lafon, 251 p., 17,95 €. ISBN : 9782749925523.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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