Elisabeth II – Triomphe du cynisme de Bernhard au Varia

Rétrospective sur Elisabeth II, qui s’est joué du 10 au 14/11/2015  au Théatre Varia. Elisabeth II est une pièce impitoyable, acide et féroce. Avec un plaisir non dissimulé, Aurore Fattier s’amuse à porter à son paroxysme le cynisme et la méchanceté du personnage principal de cette pièce désabusée et sans concession de Thomas Bernhard.

Personnage pathétique, Herrenstein est un vieil industriel grabataire. Modèle de réussite sociale ayant fait fortune dans le commerce des armes, le millionnaire va se voir envahi par les aristocrates et notables viennois, pique-assiettes qui vont s’inviter chez lui à l’occasion de la visite de la Reine Elisabeth II – son balcon offrira un superbe point de vue au cortège. Les masques tombent alors, révélant l’hypocrisie et la vulgarité d’une bourgeoisie cupide et réactionnaire, tandis qu’Herrenstein se livre, pendant plus de deux heures, à un quasi-monologue au cours duquel il va, avec verve et pertinence, déverser sa bile et son amertume sur cette société autrichienne déclinante, son hypocrisie et ses rouages complaisants dont il a pourtant bénéficié pour se hisser à son sommet.

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Cet être mutilé, métaphore de la condition humaine qui produit des êtres incomplets, jaloux et acariâtres, reste pourtant un personnage de comédie, malgré sa faille profonde et douloureuse. La mise en scène et le bal des personnages secondaires farfelus nous le rappelle sur scène, tout comme l’écriture grinçante et caustique du dramaturge autrichien qui s’applique à tendre un miroir grotesque à nos sociétés.

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Face à ce texte colossal et à l’écriture labyrinthique de Bernhard, Denis Lavant est simplement éblouissant et incarne à la perfection toute la rancœur, la haine, et la faiblesse de ce personnage ambivalent. Aurore Fattier fait le choix judicieux d’une mise en scène sobre, dans un décor classique, en décidant pourtant de transgresser les codes bourgeois et d’inviter le spectateur à pénétrer dans l’intimité des protagonistes au travers de la vidéo, dans laquelle on retrouve de nombreuses références cinématographiques (on pense notamment à Inarritu, Fellini, Antonioni).

Le résultat, quoique un peu long, est saisissant de réalisme et de pertinence, lorsqu’il est question d’une Europe sur le déclin et sans envergure, de la médiocrité de ses élites et de la démission de ses décideurs.

Elisabeth II

Texte: Thomas Bernhard
Mise en scène: Aurore Fattier
Avec: Jean-Pierre Baudson, Delphine Bibet, Véronique Dumont, Michel Jurowicz, Denis Lavant, François Sikivie, Alexandre Trocki
Tarifs : de 11€ à 20 €
Durée du spectacle : 2h30

La pièce sera jouée du 01 au 05/12/2015 au Théâtre de Namur, avant de partir en France en 2016, et notamment au Théâtre des Celestins à Lyon du 05 au 09/01/2016

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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