En harmonie, à l’image d’un musée vivant

Les Musées Royaux d’Art et d’Histoire et les éditions Lannoo se sont associés pour la publication d’un bel ouvrage, synthèse illustrée de la collection de la section Art du monde islamique du Musée du Cinquantenaire, qui, c’est compréhensible, fait la fierté des membres de la section en question. Cette belle publication qui emprunte son titre à l’auteur arabe Ibn Khaldun (1332 -1406) qui utilise le mot mutanāsiban « en accord, en harmonie » lorsqu’il évoque la beauté, offre l’occasion de s’intéresser à cette collection et par extension au Musée du Cinquantenaire.

Comparé au musée du Louvre ou au British Museum de Londres, le Musée du Cinquantenaire fait figure de petit poucet mais, riche de ses collections et de ses pièces d’exception, il mérite largement l’intérêt du public.

Souvent perçu comme figé dans ses collections permanentes, le Musée du Cinquantenaire n’en reste pas moins un lieu vivant, entre recherche académique et scientifique, et développement de son offre muséale. La section Art du monde islamique en est la meilleure preuve, puisque c’est en 2008 qu’elle inaugure une toute nouvelle salle qui rassemble des pièces précédemment exposées dans diverses sections du musée et en expose de nouvelles. Cette salle rencontra rapidement l’intérêt d’un large public et fut l’occasion de la mise un chantier du présent ouvrage qui réunit dix-huit experts belges et étrangers pour une actualisation des connaissances des pièces de la collection.

Lannoo - En harmonie

Parcourue par un immense motif arabesque découpé dans un panneau en bois de cèdre et habillée de marbre blanc, la salle d’exposition consacrée à l’art du monde islamique en impose par sa seule scénographie.  Élégante et spectaculaire mais sans ostentation, éclairée avec subtilité, elle est une porte ouverte sur la magie de l’orient. Dissimulée à quelques pas de la célèbre maquette de Rome (une des pièces d’exception), cette magnifique salle court le risque d’échapper à l’attention du visiteur distrait, mais offrira au visiteur curieux et attentif la récompense d’une collection minutieusement rassemblée.

En tête de celle-ci, les éléments d’architecture en bois sculpté de plusieurs mosquées en bois de la région du Swat, dans le nord-ouest du Pakistan. Ces éléments richement décorés et témoins des nombreuses influences et courants de l’art islamique, sont exposés de manière à donner une idée de leur disposition originale. Dans la mesure, bien entendu de l’espace restreint d’une salle de musée. Une autre pièce qui fait la fierté du musée, parce qu’aussi belle qu’exceptionnelle est le casque mamelouk au nom du sultan Ibn Qalawun. Ce remarquable exemple de l’art militaire mamelouk est le plus ancien casque mamelouk conservé au monde. Bien évidemment repris dans l’ouvrage qui nous intéresse, ce casque permet de souligner une des spécificités de celui-ci, qui consiste à fournir la retranscription et la traduction des inscriptions en arabe, d’une partie des pièces retenues, comme c’est le cas pour un bandeau décoratif et la flèche nasale de ce casque.

Lannoo - En harmonie (5)

Articulé à partir des origines géographique et chronologique des objets, dans une approche holistique, la salle expose, outre le travail du bois et du métal, le travail du textile, l’art du livre, la poterie, la céramique, la miniature, dans un beau débordement de couleurs et de motifs arabesques.

A l’instar de la salle consacrée à l’art du monde islamique, une autre salle est révélatrice de la vitalité du Musée du Cinquantenaire : la nouvelle salle dédiée à la période mérovingienne. Elle abrite une collection brillamment exposée et bénéficie d’une touche artistique inattendue (et pourtant tellement évidente) mais absolument géniale. En effet, les concepteurs de la salle ont eu la bonne idée de commander à Grzegorz Rozinski (le créateur, avec Jean Van Hamme, de la série Thorgal) trois fresques qui vont revivre l’histoire mérovingienne.

MRAH - Mérovingiens - Grzegorz Rozinski

Peu de liens entre le monde islamique et les mérovingiens sinon ces musées « fourre-tout » au concept daté mais passionnant et indispensable qui harmonisent (oh, la belle boucle) l’histoire du monde et des arts.

En harmonie, sous la direction de Mieke Van Raemdonck, Lannoo, 320 p., 39,99 €.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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