Les femmes savantes au Théâtre des Martyrs

Les femmes savantes se jouera au Théâtre des Martyrs du 14 septembre au 6 novembre 2016. Frédéric Dussenne revisite Molière en conservant les dialogues originels. Ce classique de Molière aborde la question de l’égalité entre les genres mais également les relations de pouvoir au sein du couple et de la famille. Une première thématique pour une saison 2016/2017 qui sera riche en émotions.

Les femmes savantes de Molière par Frédéric Dussenne

Molière aime les femmes.  Et il les aime libres.  Il ne saurait ridiculiser grossièrement la résistance de Philaminthe au « bon sens » machiste de son mari sans désavouer du même coup à peu près tout ce qu’il a écrit avant.  Il va en conséquence déployer, dans Les femmes savantes, un comique subtil, articulé sur l’opposition entre nature et culture.  Les femmes savantes mettent en scène un des plus beaux trios amoureux de la littérature française, dominé par la figure de Clitandre, d’abord amoureux d’Armande, qui se refuse à l’amour charnel, puis d’Henriette, qui accepte de l’aimer en entier, réconciliant ainsi l’âme et le corps, l’esprit et la chair.  La nature et la culture.  En conversant librement avec son roi, Molière, mine de rien, pousse doucement la porte du siècle des Lumières, comme Frédéric Dussenne l’explique sur la page dédiée aux spectacle Les femmes savantes sur le site officiel du Théâtre des Martyres.

L’avis de Douglas Linge sur Les Femmes savantes par Frédéric Dussenne

Un décor épuré et réduit à son strict minimum, une palissade en bois qui bouge à chaque acte. Des costumes quasi inexistants. Une pièce qui respecte les dialogues originels de Molière en alexandrins. Les cinq premières minutes du spectacle de Frédéric Dussenne en ont inquiété plus d’un dans la salle.

Une fois acclimaté à cette forme de dialogue, la magie commence à opérer. On se prend au jeu du chassé-croisé amoureux entre Clitandre et Henriette, interprétés respectivement avec brio par le charismatique Adrien Drumel et la ravissante Salomé Crickx. Ce dernier montera en puissance tout au long du spectacle tandis que l’émotion et la fraîcheur de cette jeune comédienne faisaient plaisir à voir sous les applaudissements soutenus du public à la fin du spectacle. Félicitons également à Lara Ceulemans qui a montré beaucoup de maturité dans son jeu malgré l’émotion que cette première devait susciter. Une réussite de mon point de vue.

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Les femmes savantes jouit simplement d’un casting de tout premier choix où chaque comédien tire son épingle du jeu. Car si je vous signalais que les décors et les costumes étaient minimalistes, l’échange et la connexion entre les comédiens sont quant à eux impressionnants de justesse et d’intensité. On reconnaît bien là la patte de Frédéric Dussenne. La diction quasi parfaite des acteurs facilite l’acclimatation de l’oreille aux alexandrins et il faut dire que c’est un plaisir de voir la langue française déclinée de si belle façon.  Et si l’éducation de la gente féminine a évolué depuis le 11 mars 1672, date de création de cette comédie par Molière, le thème reste fort actuel.

Evidemment, l’accès à l’instruction des femmes n’est plus le même cinq siècles plus tard et le droit à l’hymen n’est (généralement) plus négociable par les parents,… Mais si on élargit un peu nos horizons, on constate forcément que la condition de la femme n’est pas encore égalitaire, même chez nous.

L’éducation pour tous n’est pas encore une réalité et il ne faut pas toujours aller très loin pour s’en rendre compte. La situation chez nous est plus préoccupante qu’il n’y paraît et certains de ces phénomènes sont toujours bien actuels. On pourrait d’ailleurs aller plus loin et aborder la thématique de l’égalité de revenu ou de chances sur le marché de l’emploi à diplôme équivalent mais nous en resterons là pour le parallèle avec notre société belge. L’intention du spectacle ne semble d’ailleurs pas de faire évoluer la pièce pour l’ancrer dans un débat plus courant depuis quelques années.

En se permettant une autre parenthèse, soulignons que si l’on voyage sur d’autres continents, on se rend compte rapidement que le fossé entre hommes et femmes varie énormément géographiquement. L’exemple du Mali où je me suis rendu en 2008 avec une ONG est criant à cet égard. L’éducation des jeunes filles est quasi inexistante dans certaines régions. Les exemples similaires sont légion un peu partout sur le globe malheureusement. Le combat mené par Molière n’est donc pas terminé et Frédéric Dussenne ne manque pas de le remettre sur le devant de la scène par le biais de sa comédie, même si le but premier reste de divertir, rassurez-vous.

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Les relations de pouvoir et d’autorité au sein du couple et de la famille, et le rapport de genre qui s’y inscrit, sont également centrales dans la pièce de Molière. Benoît Van Dorslaer excelle dans le rôle du père de famille soumis au joug de sa femme tyrannique. L’énergie déployée par ce comédien expérimenté apporte vraiment une dimension supplémentaire au spectacle. Son jeu a dynamisé cette version des Femmes savantes et tout le monde bénéficie de son énergie débordante. C’est un régal de le voir devenir tout rouge et s’époumoner pour notre plus grand plaisir.

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Maxime Anselin reste toujours aussi insaisissable et charismatique. Que ce soit son jeu, ses mimiques ou sa présence sur scène, ce comédien possède énormément de talent et m’a une fois encore surpris positivement par son style décalé. Nous adorons le suivre sur les planches de différents théâtres bruxellois.

En reprenant un classique de Molière, Frédéric Dussenne fait rire le public en essayant de ne pas trop déformer son oeuvre mais en y ajoutant son style par une mise en scène précise et exigeante, tant pour lui que pour les comédiens. Le résultat est à la hauteur de nos espérances et la saison du Théâtre des Martyres commence en toute beauté.

Les femmes savantes de Molière

Mise en scène: Frédéric Dussenne

Dates: Les représentations auront lieu du 14 au 29 septembre et du 20 octobre au 6 novembre 2016. Les mardis et samedis à 19h00, les mercredis, jeudis et vendredis à 20h15, les dimanches 18 & 25.09, 23.10 & 06.11 à 16h00

Avec: Maxime Anselin, France Bastoen, Lara Ceulemans, Salomé Crickx, Adrien Drumel, Stéphane Ledune, Sylvie Perederejew, Hélène Theunissen, Alexandre Trocki, Benoît Van Dorslaer.

Réservations par téléphone +32 2 223 32 08 ou via le site du Théâtre des Martyrs

Coproduction :Théâtre en Liberté | L’Acteur et L’Ecrit | La Servante

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