Fidelio, l’odyssée d’Alice

C’est pas l’homme qui prend la mer, ni la mer qui prend l’homme, mais bien une femme qui prend le large avec ce premier long métrage remarqué et présenté en avant-première au dernier Brussels Film Festival. Lucie Borleteau, après plusieurs courts métrages et quelques rôles, notamment dans le film La fille du 14 juillet, passe ce fameux Cap Horn cinématographique et se révèle belle promesse du cinéma hexagonal.

Alice, 30 ans, est marin. Elle embarque comme mécanicienne sur le Fidelio pour remplacer un homme qui vient de mourir. Alors qu’elle vient de laisser son amoureux à quai, Alice découvre que Gaël (Melvil Poupaud), son premier grand amour, commande le navire. Dans sa cabine, qui était celle de son prédécesseur, elle trouve un carnet de notes. Cette lecture, entre problèmes techniques, conquêtes sexuelles et mélancolie amoureuse résonne curieusement avec sa traversée. Bercée par ses amours qui tanguent dans cet univers masculin, Alice s’expose au bonheur de tout vivre et tente de maintenir le cap.

fidelio, l'odyssée d'Alice (2) - Culture Remains

Lucie Borleteau filme la mer comme d’autres la chantent ou l’écrivent, avec un mélange de fascination pour l’élément naturel et d’admiration pour les marins et leurs navires. Le Fidelio, est d’ailleurs filmé comme un personnage à part entière. Capricieux et imprévisible comme la mer, animé de la coque rouillée aux entrailles suintantes. Le format scope, idéal pour filmer le grand large, étonne une fois soumis aux coursives et à l’étroitesse du navire, mais participe à animer le Fidelio d’un souffle de vie. C’est d’ailleurs sur un vrai cargo, et non en studio, que Lucie Borleteau a tourné son film, par souci de réalisme. Nourri par de longues recherches et de nombreux entretiens en prévision d’un documentaire sur la marine marchande, Fidelio, l’odyssée d’Alice a l’authenticité chevillée à l’intrigue. C’est indéniablement cette singularité qui fait la force du film; la combinaison heureuse du documentaire et de la fiction. Sur le même mode, la jeune réalisatrice tisse une intrigue qui séduit par sa fausse candeur, conjuguant habilement l’intime et l’universel, le drame et l’idylle.

En dressant le portrait d’une jeune femme au milieu d’hommes et au cœur d’un cargo d’acier, de vapeur et de cambouis, Lucie Borleteau propose une relecture contemporaine et féminine des aventures du célèbre héros grec en route vers son royaume d’Ithaque. Une version éperdument sensuelle et sensorielle, parce que les aventures d’Alice sont d’ordre sentimental. Voyageant sans carte ni sextant sur les eaux agités de ses sentiments, Alice découvre que le contexte maritime se manifeste autant comme la raison que la solution de son odyssée.

Fidelio,l'odyssée d'Alice (3) - Culture Remains

Lucie Borleteau, en réalisant son premier long, n’est pas seule à prendre le large, car Ariane Labed qui prête ses traits à la belle Alice est la véritable sensation du film. Elle l’irradie de son visage solaire et de sa beautée mystérieuse, et l’enrichit de son interprétation sobre qui n’en dégage pas moins une grande générosité. Elle forme avec Melvil Poupaud, parfait en séducteur vieillissant, un duo d’une évidence rare. Immanquablement, cette jeune actrice françaises aux racines culturelles grecques, tout un symbole, ne devrait pas tarder à se faire connaître du grand public.

Avec Fidelio, l’odyssée d’Alice, Lucie Borleteau rejoint avec éclat les grands conteurs de la mer que sont Melville, Conrad ou Henry de Monfreid, voire même Renaud quand il ironise sur l’appel du large qui dérive en galère sans nom. Embarquez sans craintes sur le Fidelio, avec de telles références, le naufrage n’est pas une option. De lapin…

A voir dès le 5 août 2015

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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