Fourrure polémique

Fun Furs. Fourrures amusantes. Appellation légendaire pour symbolique ridicule.

Quand Karl Lagerfeld a proclamé la présentation d’un Defilé Haute Fourrure en juillet prochain pour célébrer ses cinquantes années de collaboration avec la griffe Fendi, j’ai été quelque peu ébranlée. Et je ne fus pas la seule. Le tout aussi captivant que caractériel créateur, avait conquis la marque il y a de cela un demi-siècle, avec ce slogan, Fun Furs, et l’iconique logo qui s’en était suivi. Quoi de plus normal que de faire l’apologie du luxe par l’anéantissement de quelques centaines d’animaux sur l’autel du style?

Son annonce fut une déclaration de guerre. Qui a réveillé la petite militante en moi, celle qui à l’âge des dents de laits menaçait sa grand-mère de coller des chewing-gums sur ses visons et cachait ses étoles de renard dans le frigo. Celle qui avait une conviction absolue et presque despotique. Pas de fourrure. Pas de crime.

Mais rien n’est plus simple désormais.

fendilagerfeld3

Depuis quelques mois, je suis en passe de devenir végétarienne. J’ai drastiquement diminué ma consommation, ne me contentant plus que d’un épisodique poulet et de deux, trois poissons mensuels. Je n’en perçois que d’autant plus l’imposture qui entoure le débat. Cette pensée moralisatrice autour de la cruauté animalière, qui s’accompagne le plus souvent d’un manque d’action effarant. Alors quand Karl Lagerfeld affirme « Il faut être cohérent. Comment peut-on critiquer la fourrure en mangeant un hamburger et en portant des chaussures en cuir ? Car, quand même, le cuir, c’est de la fourrure épilée ! », je ne trouve pas l’artiste de génie moins écœurant quant à son procédé créatif, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il marque un point.

La vie de soixante visons pour obtenir un mètre de manteau. Aberrant, cruel et absurde. Mais combien de milliers pour remplir nos rayons de supermarchés dont une bonne partie finira jetée, périmée, non consommée? Et quels adjectifs pour cela? Je n’incite personne à devenir végétarien. Tout comme je détesterais qu’on cherche à m’imposer de renoncer à mon mode de consommation (bien que tout débat soit permis et bienvenu). Je ne veux pas me positionner en acharnée de la sauvegarde des espèces. Je ne me considère pas digne de l’être et le sujet n’est pas là. Mais je me pose des questions. Je ne ferai jamais l’apologie d’un manchon d’hermine. Je me demande juste si cela rejoint vraiment le plus épouvantable parmi tous les pires que nous additionnons déjà.

Et cet homme, dont j’admire autant le talent que je le trouve déplaisant, a le mérite de rappeler fréquemment que chaque propos se nuance, que la rigidité d’un principe ne lui ajoute aucune validité. Il est celui qui dit : « Je n’ai rien à faire avec les gays » et ajoute plus tard :« L’homosexualité, c’est juste normal. Je veux dire par là que les 20 % de gens, plus ou moins, qui sont ainsi, faits par Dieu ou qui que ce soit d’autre, ils sont comme ils sont ­censés être. Donc où est le problème ? ». Un personnage désarmant, mouvant, parfois insondable. Mais qui, par ce défilé déplorable, effectue une piqûre de rappel quant à la lutte pour la sauvegarde animalière. Celle retombée depuis trop longtemps dans un oubli bien-pensant.

Je ne vous apprécie pas Monsieur Lagerfeld, mais vous avez le mérite de me faire réfléchir.

fendilagerfeld1

Tags from the story
Written By

Barbara, vingt ans et quelques années supplémentaires. Graphiste, rédactrice web freelance, responsable communication. Folle amoureuse de la mode, du design, de la culture. Bloggeuse passionnée et catastrophiquement maladroite.

2 Comments

  • Bonjour et bravo pour votre article !
    Attention cependant : comparer la fourrure à la viande est une des techniques principale de l’industrie de la fourrure pour progresser. En disant aux consommateurs « vous portez du cuir et mangez de la viande ? alors vous pouvez porter de la fourrure sans soucis » c’est l’industrie de la fourrure, AVEC l’aide la la communauté végé et vegan (!) qui a marqué des points. Tant que les gens mangent de la viande, le cuir sera disponible. Inversement , ne pas porter de la fourrure a l’immense potentiel de sauver 150 millions d’animaux sans même parler des habitudes alimentaires des uns et des autres. Ce raisonnement simple mais concret a été annihilé avec succés par l’industrie de la fourrure … Bien à vous (Arnaud Gavard campagne « merci la mode »)

  • Bonjour Arnaud,

    Votre commentaire est en effet très pertinent et je suis entièrement d’accord avec son contenu. Mon but n’était en rien d’utiliser la consommation de viande comme excuse au port de la fourrure, que je ne cautionne pas, mais d’utiliser ce choix vestimentaire comme alerte pour dénoncer une alimentation que je considère comme non-éthique. Il n’y a pour moi, pas de raison d’uniquement souffrir en soutien d’animaux portés sous forme de fourrure. Ceux qui subissent l’abattage pour se retrouver dans nos assiettes méritent tout autant notre compassion et surtout une réflexion globale sur notre façon de manger. Ce n’est bien sûr qu’un avis personnel. Merci pour ce joli éclairage.
    Bien à vous.
    Barbara – Jolie Catastrophe

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *