Ghostland : « en finir avec les chefs-d’œuvre »

Ne ratez pas la première belge du dernier film de Pascal Laugier ! De quoi rendre incontournable cette ouverture du 36ème Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, pour les afficionados du réalisateur de Martyrs. Vous pourrez y voir Ghostland le 3 avril à 20h !

Artaud écrivait qu’il n’y a pas de spectacle réussi sans un élément de cruauté. Toute la filmographie de Pascal Laugier est pétrie de cette thématique et Ghostland n’échappe pas à cette constante impression de malaise exacerbée par : « les cris, plaintes, apparitions, surprises, coups de théâtre de toutes sortes, beauté magique des costumes pris à certains modèles rituels, resplendissement de la lumière, beauté incantatoire des voix, charme de l’harmonie, notes rares de la musique, couleurs des objets, rythme physique des mouvements dont le crescendo et le decrescendo épousera la pulsation de mouvements familiers à tous, apparitions concrètes d’objets neufs et surprenants, masques, mannequins de plusieurs mètres, changements brusques de la lumière, action physique de la lumière qui éveille le chaud et le froid, etc. ».

Le théâtre et son double d’Antonin Artaud résonne dans chaque parti pris de mise en scène et se retrouve aussi circonscrit dans les limites de son propre vecteur qui est le cinéma. « D’ailleurs au point de vue de l’action on ne peut comparer une image de cinéma qui, si poétique soit-elle, est limitée par la pellicule, à une image de théâtre qui obéit à toutes les exigences de la vie. »

L’image qui ouvre le film est celle de Lovecraft, mais c’est à l’évidence la photographie hallucinée d’Artaud prise par Man Ray qui aurait dû débuter le film. La puissance des mots de d’Artaud mille fois plus percutants que n’importe quelle image gore n’aurait fait que renforcer le calvaire des deux héroïnes du film.

« Dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits. » En lisant cette phrase, impossible de ne pas avoir en mémoire le final du deuxième long métrage de Pascal Laugier, Martyrs, véritable boucherie eschatologique.

L’histoire de Ghostland est simple et repose sur une mécanique chère aux films d’horreur : le déménagement d’une famille dans une maison et l’irruption d’une bande de dégénérés avides de chair fraîche. Rien de bien nouveau et pourtant… Le seul fait de réussir à troubler le spectateur suffit à la réussite du dernier film de Pascal Laugier.

Dans les films d’horreur actuels, il est de plus en plus rare d’éprouver des sentiments de malaise, sentiments qu’on s’évertue à retrouver en retournant des décennies en arrière à une époque où la peur ne suffisait pas. La terreur devait s’accompagner d’angoisse et de cruauté et suivre le spectateur bien longtemps après la séance. Souvenons-nous de l’apparition frontale de Leatherface dans le film de Tobe Hooper ou de la fin nihiliste de La nuit des morts vivants pour ne citer que ces deux œuvres majeures de l’histoire du cinéma d’horreur. Loin de moi l’idée de hisser Ghostland à la hauteur de ses illustres prédécesseurs mais il faut avouer que Pascal Laugier a au moins le point commun, avec Tobe Hooper et George A. Romero, de mettre le spectateur dans un sentiment permanent d’inconfort.

Pari réussi, donc ! Pour voir ce film, filez au BIFFF le 3 avril prochain !

Retrouvez le programme complet du BIFFF en suivant ce lien ! Vous pouvez également télécharger le programme en PDF.

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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