Going Home à l’envers – Au Théâtre National

Going Home fait partie de ces histoires qui vous remuent les tripes. De ces récits qui, s’ils n’étaient pas vrais, finiraient par nous faire douter de l’espèce humaine.

A la frontière improbable entre le conte initiatique africain et la réalité blafarde et crue d’une Allemagne sans visage à la Derrick, Vincent Hennebicq propulse sans plus de préliminaires le spectateur dans la vie de Michalak. La mise en scène sera à l’avenant : franche, maligne, efficace.

Jeune noir allemand perdu dans son propre pays, c’est en Ethiopie, explique Michalak, que se trouve son Eldorado : un village dont il ne saurait retrouver l’adresse, une communauté où, sans parler la langue, il fera pourtant sa place. Loin de l’Europe individualiste et de son racisme ordinaire, il découvre les vertus de la collectivité et le sens des valeurs sociales : gérer l’argent public selon les besoins de la communauté, organiser l’enseignement, la solidarité et la santé à l’échelle locale, intégrer la robotisation de la culture du café au profit du travailleur, et non en sa défaveur. Vivre simplement, ENFIN.

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Bien sûr, rappelle Hennebicq qui évite l’écueil de l’idéalisation d’une Afrique fantasmée, le tableau n’est pas parfait. Les images sont là, projetées sur le rideau de fil. L’injustice sociale règne en Afrique, et se fait sentir jusque sur les petites coupures des billets imprégnés des épices qui recouvrent les doigts des travailleurs précaires des marchés. Mais le cœur bat, là-bas.

Les blêmes premières années européennes de Michalak, hantées par les ombres chinoises de flics peu amènes, puis l’enchantement de l’Afrique, la renaissance, c’est Dorcy Rugamba qui nous les fait vivre. Avec fièvre et passion, l’acteur refait le voyage chaque soir en livrant le récit sombre et flamboyant de l’émigré inversé. La musique live de Vincent Cahay et François Sauveur imprime le rythme et envoûte irrésistiblement, appuyée par des jeux de lumière enveloppants qui finissent de nous inscrire dans un monde chimérique.

Happé par son ancienne vie, Michalak se verra arraché aux siens. « La justice est pour l’autre monde, ici il y a la loi » prophétise le graffiti du mur de la prison de Hambourg. C’est pourtant bien à une justice humaine que Michalak aura à faire, métaphore de reconnaissance d’un autre monde possible.

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Un vieux prof d’anglais avait pour habitude de nous répéter « si vous ne comprenez pas quelque chose, changez de point de vue, montez sur le bureau ! ». C’est exactement ce que fait Vincent Hennebicq ici, en nous livrant avec talent et sensibilité le visage touchant et digne d’une Afrique trop souvent encore considérée avec misérabilisme et condescendance.

A vous d’aller faire un check-up de votre vision, sans hésitation !

 Going Home

Du 08 au 12/12/2015 au Théâtre National

Texte & mise en scène : Vincent Hennebicq

Avec: Vincent Cahay, Dorcy Rugamba, François Sauveur

Vidéo : Olivier Boonjing

Scénographie & Lumières : Fabrice Murgia et Giacinto Caponio

Tarifs : de 11€ à 20 €

Durée du spectacle : 60’

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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