History of Love: interview avec Radu Mihaileanu : l’amour est-il éphémère ou éternel?

History of love, le dernier long métrage de Radu Mihaileanu, sera diffusé au cinéma dès le 16 novembre. Un film adapté du roman L’Histoire de l’amour de Nicole Krauss, publié en 2006 chez Gallimard et récompensé par le prix du Meilleur livre étranger la même année.

Synopsis du film

Il était une fois un garçon, Léo, qui aimait une fille, Alma. Il lui a promis de la faire rire toute sa vie. La Guerre les a séparés – Alma a fui à New York – mais Léo a survécu à tout pour la retrouver et tenir sa promesse. De nos jours, à Brooklyn, vit une adolescente pleine de passion, d’imagination et de fougue, elle s’appelle aussi Alma. De l’autre côté du pont, à Chinatown, Léo, devenu un vieux monsieur espiègle et drôle, vit avec le souvenir de « la femme la plus aimée au monde », le grand amour de sa vie. Rien ne semble lier Léo à la jeune Alma. Et pourtant… De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd’hui, un voyage à travers le temps et les continents unira leurs destins.

Notre avis sur History of Love de Radu Mihaileanu

En nous faisant voyager dans l’espace et le temps, de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale à New York à notre époque, History of Love aborde la question universelle et indémodable de l’amour éternel. Un être peut-il en aimer un autre tout au long de sa vie? L’amour est-il altéré par le temps?

Si l’on apprécie les liens étroits entre les deux ou trois récits de vie qui s’entremêlent, force est de constater que la trame narrative complexe engendre de la confusion et perd le spectateur par moments. A contrario, Radu Mihaileanu réussit son pari de capter l’attention de plusieurs générations avec différents angles d’approches des thèmes de l’amour mais également la perte d’un être cher ou encore la solitude.

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Le réalisateur français d’origine roumaine (Va, vis et deviens, Le Concert,…) est heureusement aidé par un casting 3 étoiles avec la magnifique Gemma Arterton (Quantum of Solace, Byzantium,…) mais surtout l’attachant Derek Jacobi (Le Discours d’un roi, Underworld 2,…)? ainsi que la jeune et talentueuse Sophie Nélisse.

Au final, c’est un film plein d’émotions avec quelques plans d’une beauté immaculée qui nous est proposé, même si certains se perdront sûrement en cours de l’histoire durant les 2h14 minutes de cette love story.

Extraits de l’interview exclusive de Radu Mihaileanu pour Culture Remains  le lundi 14 novembre 2016

Premièrement, sachez que votre dernier film History of Love m’a plu sur de nombreux points. Néanmoins, je me suis senti perdu à plusieurs moments dans le film. Je suppose que c’est la transposition du livre au film qui n’a pas été chose aisée ?

J’espère bien que vous vous êtes perdu par moments. La question est de savoir si vous vous êtes retrouvé ?

(Rires) Tout à fait, au final j’ai retrouvé les éléments manquants pour créer le lien entre les diverses histoires qui se déroulent dans le film. La démarche était-elle volontaire de votre part ?

J’adore donner des fausses pistes pour donner au spectateur la satisfaction de retrouver le sens des messages que je fais passer plus tard dans l’histoire. Comme dans les séries modernes, on donne des éléments aux spectateurs en les laissant remettre les bouts ensemble. La satisfaction n’en est que plus grande.

C’était donc une démarche volontaire. Je me le suis demandé. On reconnaît d’ailleurs votre patte. Dans votre film Le concert, on retrouve également  cette confusion mais à la fin, tout se met en place et cela devient limpide. Vous êtes-vous fort écarté du film par rapport au roman ? Qu’en est-il de la collaboration avec l’écrivaine?

J’ai lu le livre au préalable mais je ne pensais pas en faire un film jusqu’au moment où l’on m’a contacté à ce propos. L’écrivaine n’a pas souhaité s’immiscer dans le film. On s’est contacté au début et elle m’a donné carte blanche. C’est parfois difficile à accepter que l’histoire évolue pour le cinéma mais c’est obligatoire car le médium est différent. Le film simplifie le roman et on s’en écarte un peu car il est beaucoup plus sombre et je voulais diffuser un message positif dans le monde actuel qui en a bien besoin. De plus, à l’époque, il n’y avait pas de référence à Facebook et il fallait ajouter quelques éléments pour que cela soit assimilable par des jeunes de notre époque et qu’ils puissent se projeter dans la peau des personnages.

C’est un aspect du film que j’ai particulièrement apprécié, l’approche intergénérationnelle est très prégnante dans le film afin que tout le monde puisse s’y retrouver. Vous pensez qu’un amour éternel et immuable est encore envisageable dans le monde actuel?

Le désir du grand amour, toutes les générations le possèdent, on l’a tous en nous. Par contre, dans la pratique, de nos jours, on est beaucoup plus confronté à l’échec amoureux. Il y a également la virtualité qui entre en jeu. Le parallèle générationnel m’a fort intéressé et j’ai voulu le développer par rapport au livre. Parfois les jeunes sont perdus et le message que je veux faire passer, c’est de ne pas abandonner, que l’amour est possible, qu’il faut l’oser. Mais est-ce que le désir d’amour a évolué ? Non, je ne pense pas. On veut aimer mais on a de plus en plus peur d’aimer. 

Vous pensez que c’est plus dur d’aimer pour un jeune de nos jours dans notre société de consommation « rapide » où tout doit toujours aller vite  et où l’on se lasse très rapidement?

En effet, la vie s’est accélérée et c’est peut-être encore plus dur pour les jeunes de nos jours mais chaque génération a eu ses défis et pas des moindres. Mais ce que je ressens, c’est la peur d’aimer qui domine de plus en plus, de se livrer à l’autre. On pense anticiper la souffrance en ne s’engageant pas, mais la méthode ne fonctionne pas et l’on devient un malheureux permanent. On consomme en amour comme dans la vie. On consomme beaucoup et vite pour ne pas souffrir mais on en souffre quand même in fine.

Vous avez vécu en Israël ? Cette expérience a-t-elle influencé ce film qui parle succinctement de la Shoa ou d’éléments de la culture juive, et ce même si l’amour reste le thème central du film bien entendu. Attendez-vous un retour spécifique de la communauté juive ?

Je n’ai vécu que trois semaines en Israël, donc pas vraiment. Je suis juif et j’ai organisé des projections à Paris avec des associations juives, mais ce film s’adresse à l’humain. Je n’attends pas un retour de la communauté juive mais de la communauté des êtres humains (sourire).

On aborde différents thèmes dans le film comme la solitude, la perte du père, la recherche du bonheur ou d’un amour immaculé. Il y a beaucoup de souffrance dans ce film mais également de la joie. Est-ce un thème récurrent dans vos films?

Ce qui est récurrent dans mes films, c’est la tragédie de départ. Ensuite, les protagonistes essaient de se réparer eux-mêmes.

Des écorchés qui reviennent à la vie ?

Des écorchés ou des blessés. On a tous été blessé à un moment donné dans nos vies. D’un attentat. D’une dictature comme dans mon cas (NDLR: Nicolae Ceaușescu en Roumanie). La déportation pour mon père. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment on se relève quand on est à genoux. La beauté de l’être humain se retrouve dans ses ressources insoupçonnées. On recherche le bonheur dans la vie et quand on se trouve dans une période sombre, il faut se révolter pour retrouver le bonheur. L’actualité est assez inquiétante de nos jours et j’espère qu’on ne se révoltera pas trop tard cette fois-ci. Il faut avoir des ressources positives et lumineuses pour combattre le mal et favoriser le bonheur…

Vous m’inspirez le Scientia Vincere Tenebras, le slogan de l’U.L.B. La lutte contre l’obscurantisme, etc.

Oui, c’est ça. Le Yin et le Yang. La lutte contre le mal. Malheureusement, cette époque me rappelle l’époque de mon père avec les très riches, le communautarisme, la montée des populismes et la bêtise qui prend sa revanche sur le bien et l’intelligence. Avec Trump, le sexisme, l’égoïsme reprennent le dessus sur des valeurs inculquées depuis plusieurs décennies. Le modèle est occupé de se renverser mais il faut garder espoir. Mon message est de dire qu’on peut lutter contre les modèles de la bêtise.

J’ose espérer également que c’est dans l’adversité que l’être humain se révèle et que la société va réagir si elle se sent menacée au plus profond d’elle-même. En tout cas, tant qu’il y aura de l’amour, il y aura de la vie et par conséquent de l’espoir. Merci pour cette interview et pour votre film History of love. Bon séjour à Bruxelles.

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