Hystérie et vibromasseur

Ah, l’hystérie, cette maladie de bonne femme ! Elles s’excitent pour rien, et surréagissent, c’est bien connu. Non, je n’ai pas donné les manettes de mon blog à mon pote misogyne (je n’en ai pas fort heureusement), mais c’est malheureusement ce que le monde scientifique a longtemps affirmé. Et l’idée persiste encore dans certains esprits étriqués. Combien de fois n’entendons-nous pas dire, « mais elle est hystérique celle-là! » ?

Tout d’abord, qu’appelle-t-on hystérie? Dans le jargon psychologique, cela signifie avoir des réactions émotionnelles incontrôlables et excessives. Les personnes peuvent alors entrer dans une sorte de transe, qui se rapproche très fortement de ce que l’on pourrait nommer le mime d’un acte sexuel. Notons aussi que c’est une névrose, c’est-à-dire que la personne est consciente qu’elle souffre psychiquement et s’en plaint, mais n’a pas de contrôle dessus.

Pour comprendre le lien qu’on a souvent fait entre les femmes et l’hystérie, il suffit de se pencher sur l’étymologie du mot. Le mot vient du grec ὑστέρα, c’est-à-dire la matrice ou l’utérus (ah le voilà celui-là!). Oui, c’est l’utérus qui génère ses symptômes. Parce que dans l’imaginaire des gens de l’époque, l’utérus était un organe qui n’était pas fixe. Il lui arrivait donc de se promener dans le corps ce qui créait l’hystérie.  Et donc la maladie venant de l’utérus, elle ne peut être que féminine.

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Detail from an Ancient Greek Paestum red-figure skyphos, made by Python, ca. 330-320 BC. British Museum, London

J’ai fait de nombreuses recherches afin de savoir pourquoi on associait cette maladie aux femmes. Je n’ai pas eu de réponse concrète mais certaines pistes sont évoquées. Et la plus pertinente était que les hommes (oui, reconnaissons que pendant longtemps la science était faite par les hommes) avaient un peu de mal avec le plaisir féminin….

Par exemple dans l’Antiquité, l’hystérie se caractérisait par des maux dans le bas-ventre, une lubrification, des insomnies et un gonflement du clitoris, ça ne vous rappelle rien ? N’oublions pas que l’orgasme clitoridien était encore inconnu. Il y aurait donc une relation intime entre l’hystérie et l’excitation féminine. C’est d’ailleurs le thème qu’aborde l’historienne américaine Rachel P. Maines dans son ouvrage Technologies de l’orgasme aux éditions Payot & Rivages. Elle a d’ailleurs traduit de nombreux textes latins, et les récits sont sans équivoque: les médecins étaient amenés à masser la zone interne pelvienne des femmes afin de les soulager. Mais attention, celles-ci devaient faire appel à un médecin, elles ne pouvaientt en aucun cas le faire seules… On recommandait aussi à cette époque aux femmes d’enfanter afin de « fixer » leur utérus.

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Jusqu’au XIXème siècle, cette solution était d’ailleurs très utilisée. Les médecins devaient donc être très manuels. Fort heureusement, ils ont pu arrêter de s’user les mains avec l’arrivée du vibromasseur. L’objet a été inventé en 1883, et a très vite été utilisé afin de calmer ces hystériques en les aidant ainsi à parvenir au « paroxysme hystérique » , autrement dit l’orgasme.

Un film très intéressant sur le sujet est d’ailleurs sorti en 2011 : Hysteria de Tanya Wexler

Cette anecdote montre à quel point le plaisir féminin a longtemps été un sujet tabou et très mal connu.

Je vous rassure, l’hystérie  (la vraie, oserais-je dire) est belle et bien une névrose mais les symptômes sont en fait autres, et touchent autant les hommes que les femmes. Oui, on peut en conclure que les médecins de l’époque avaient du mal  faire la différence entre plaisir féminin et névrose… Mais il faudra attendre des recherches un peu plus poussées sur le sujet avec notamment Freud ou Charcot afin d’avoir des réponses concrètes qui mettent en évidence ce fait.

Article initialement publié sur le blog Desexefeminin

 

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Passionnée par l'écriture, j'ai fait des études de journalisme et me voilà maintenant journaliste freelance et rédactrice (c'est un peu comme une vie de saltimbanque avec de la déontologie et un peu de sérieux en plus!). Parfois aussi je prends ma caméra et j'arrive même à en faire des reportages.

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