Il était une fois une maison : la maison Charle-Albert (1/3)

Confinement, coronavirus, fermeture de tous les lieux de loisirs : si on se changeait les idées ? Culture Remains vous emmène à la découverte du patrimoine immobilier trop souvent oublié. On passe trop souvent à côté de lieux qu’on ne prend pas la peine d’apprécier. Prêt (e)? On vous fait voyager dans les 19 communes bruxelloises ! Au programme de cet article : la maison Charle-Albert. On vous présente dans cet article sa « première » vie. Histoire d’une saga.

Une vie mouvementée

Située à Watermael-Boitsfort la maison Charle-Albert va connaître un destin mouvementé ! De sa construction par un architecte idéaliste aux incendies successifs qui la ravageront en passant par les deux guerres mondiales, la maison flamande n’a pas fini de vous surprendre ! Cette demeure personnelle est l’œuvre d’un homme qui sut comprendre son époque. Il tenta de magnifier ce que le jeune pays avait à offrir : l’art des Pays-Bas flamands des 16e et 17e siècles ainsi que les possibilités nouvelles apportées par l’industrie. A cela, il ajoutera toute une idéologie propre à son époque qui avait (par exemple) à cœur de « l’éducation du peuple ». Cela aura des conséquences dans la manière dont Charle-Albert concevra sa maison. Véritable musée que l’on visite comme on tourne les pages d’un livre d’histoire de l’art, Charle-Albert incarne une Belgique empreinte de grands idéaux.

Un grand rêveur

Autodidacte, Charle-Albert est né juillet 1821. Il a grandi dans une famille modeste. Il ne suivra pas de longues études. Entré à 10 ans en tant qu’apprenti chez le peintre Pletzer, il continue son chemin en tant que portraitiste en Belgique et à Cologne. Lauréat de plusieurs concours, dont celui d’architecture en 1854, il est finalement engagé par La Compagnie des Bronzes en 1859. Quatre années plus tard, il s’installe à son propre compte sous le nom de Charle-Albert et accumule les commandes privées et publiques.

La tapisserie de Gaasbeek nous offre l’unique portrait de Charle-Albert.

Le projet d’une vie

L’aventure commence en 1868. L’architecte Charle-Albert est déjà un artiste connu et reconnu en Belgique. Il a remporté plusieurs concours et peut vivre de son art grâce à de nombreuses commandes.

Cette maison, Charle-Albert l’a pensée comme un manifeste du style à la mode de l’époque : le néo-Renaissance flamande. Ce mouvement artistique a su séduire les artistes belges de la fin du 19e siècle en raison de son aspect nationaliste. Pourquoi ? La Belgique, dans les années 1860 est une jeune nation. Tout est à construire : une identité, un passé, une histoire. Si les styles français sont appréciés au sortir de l’indépendance du pays, les artistes commencent à rejeter cette approche au tournant du siècle. L’architecture se doit d’insuffler un élan patriotique : voila l’enjeu politique de l’époque. Où trouver cette « âme belge » ? Dans les 16e et 17e siècles. À quoi reconnaît-on ce style ? Il emprunte à tout ce qui fonde la Renaissance flamande. C’est le principe de tous les styles « neo » : le néo-gothique emprunte au gothique, le néo-classicisme, au classicisme, etc. Vous trouverez donc presque toujours : pignons, galeries, mélanges de matériaux, lits à baldaquin, portes monumentales  ou encore fenêtres à croisées. La place Vanderlinden à Anderlecht ou encore la maison communale de Schaerbeek sont encore les témoins bien visibles de cette tendance.

De son vivant, Charle-Albert veut que sa maison soit visitée par tous : elle doit pouvoir apprendre aux jeunes générations le destin héroïque de la Belgique. Chaque pièce de sa demeure incarne tantôt un épisode du pays, tantôt un mouvement artistique. L’architecte autodidacte ouvrira d’ailleurs également ses portes aux journalistes. Ceux-ils écriront des comptes-rendus très détaillés afin que tout le monde ait accès à ce « musée » de la Belgique voulu par son concepteur.

Fin d’une époque

La construction de cette maison durera 18 ans. Charle-Albert y mettra tout son temps, son énergie… et son argent. Appauvri, il devra la quitter en 1885. Malgré les pressions de l’opinion publique, Bruxelles ne sera pas en mesure de l’acheter pour des raisons financières mais sans doute également idéologiques. Il est bien loin le temps de l’effervescence nationaliste. Désormais, affirmer l’unicité du pays n’a plus de sens. Les querelles communautaires commencent à gronder. L’esprit n’est plus vraiment à l’utopie. S’ajoute à cela la spéculation immobilière. La priorité n’est plus de préserver un si grand monument sur un si grand terrain. Quant à Charle-Albert, il n’en reste pas pour autant inactif puisqu’il se verra confier par la marquise Visconti la restauration du château de Gaasbeek.

A partir du départ de Charle-Albert qui décède en 1889, la maison flamande connaîtra une histoire mouvementée, sur fond de guerres, d’intrigues, d’incendies.

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