Les Inouïs.2 : Les migrants en crise et au théâtre

« Pourquoi pas parler d’expatriés pour désigner les personnes se déplaçant du Nord au Sud et de migrants pour celles faisant le chemin inverse ? »

C’est cette phrase « choc » qui nous a poussés à aller voir Les inouïs.2, spectacle aux frontières entre le théâtre, le cirque et le documentaire.

C’est sous un chapiteau installé dans la cour du Théâtre 140 que nous prenons place. Ambiance intimiste, on salue notre voisin, on sait que le spectacle que nous allons voir n’est pas  gai à voir. Ce soir, la salle n’est pas pleine et c’est bien dommage car, sous ses airs oniriques, Les inouïs.2 est on ne peut plus actuel : la crise des migrants.

Cette fameuse crise qui au mieux, nous révolte et nous désempare, au pire, nous indiffère. C’est sûr, le public est déjà conscient du scandale auquel nous assistons, en tant qu’impuissants citoyens, mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal.

Pour autant, le spectacle ne se veut pas essentiellement documentaire et dénonce sans prêcher. C’est ce qui fait sa force et peut-être un peu sa faiblesse.

En racontant l’histoire de ses ancêtres, immigrés français venus chercher fortune au Canada, Patrick Masset aborde la question de l’immigration, la recherche de liberté, de sécurité, les voyages aux adieux déchirants, l’intégration et la discrimination. Bref, les épreuves que chaque migrant doit endurer. Ce faisant, l’auteur et comédien principal, souvent seul sur scène, se confie donc sur sa vie tout en pointant du doigt les contradiction de ses aïeux :

« Que pense-tu de la crise des migrants grand-père ? Toi qui a également migré ? »

« Ce n’est pas comparable. Eux, ils sont différents ».

La mémoire de l’homme est bien courte.

Les migrants en crise

La vidéo, quant à elle, nous ramène cruellement à la réalité. 29.000 personnes noyées dans la Méditerranée. Les enfants noyés. Des images de corps au fond de la mer. On détourne le regard, c’est insoutenable.

La comédienne Victoria Lewuillon nous rappelle l’histoire du petit Aylan, ce petit garçon mort, échoué sur les plages de la Méditerranée, érigé en martyr et symbole de la crise des migrants. La photo de son visage face contre le sable avait fait le tour du monde et soulevé une vague de tristesse et d’indignation. Mais des mois plus tard, qu’en est-il ? Qu’est-ce qui a changé ? Comment une telle chose est-elle possible aux portes de l’Europe ? C’est les larmes aux yeux que l’actrice nous incarne Nilüfer Demir l’auteure du désormais tristement célèbre cliché. Et ses larmes sont partagées par nombre de personnes dans la salle. Quel gâchis. Quelle honte.

Cette plongée dans le pathos nous semblera un peu surfaite… ou sommes-nous devenus trop cyniques pour nous émouvoir encore de cette tragédie qui se déroule à nos portes ?

Les inouïs.2 : les migrants en crise et au théâtre

La touche d’espoir viendra sous la forme d’une performance impressionnante faite en alternance par les artistes de cirque Andreis Jacobs ou Madir Eugstern. Tout en subtilité et en adresse, l’artiste construit sous nos yeux ébahis une structure de bois sur laquelle repose en équilibre précaire une plume, symbole de liberté et de fuite tout au long du spectacle. À tout moment, tout peut s’effondrer, tous ses efforts seront vains. Mais la structure grandit au fil des mouvements de l’artiste et l’on se surprend à espérer avec lui, à vouloir construire avec lui. Une issue serait-elle possible au final ? Au public d’interpréter la performance, mais on ne peut que saluer la prouesse de cette dernière.

Bien que Les inouïs.2 soit court (durée : 1h) et parfois un peu brouillon dans sa narration, le spectacle a au moins le mérite de nous bousculer un peu  et de questionner.

Et si le public est en quête de réponses, plusieurs associations se sont jointes au spectacle pour proposer des rencontres autour des thématiques des migrants soulevées lors de ce dernier.

Par ailleurs, le Centre culturel de Schaerbeek propose jusqu’au 25 novembre l’exposition Féministes bruxelloises originaires du monde arabe. Une jolie manière de montrer que l’immigration a sa pierre à apporter et enrichit quelconque société qui l’accueille.

Les inouïs.2

Jusqu’au 11 novembre 2016 au Théâtre 140.

Texte et mise en scène : Patrick Masset
Avec : Victoria Lewuillon et Patrick Masset
Sanddorn artistes : Andreis Jacobs, Mädir Eugster (en alternance) / Rigolo Swiss Nouveau Cirque

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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