Interview avec David de Chicos y Mendez

En concert à Couleur Café ce samedi 2 juillet, Chicos y Mendez vient aussi de sortir son premier album, ¡Siempre de Pie! C’est l’occasion d’enfin vous parler de ce groupe alterlatino qui, depuis près de trois ans, enchaîne les concerts un peu partout en Belgique. Interview en toute sincérité avec le chanteur et musicien David Méndez Yépez !

Bonjour David ! Tu es le chanteur de Chicos y Mendez. D’où vous vient ce nom ? Est-ce un jeu de mot avec ton nom (Méndez Yépez) ? Et qui sont les chicos (les garçons) ?

En plus de chanter, je joue aussi de la guitare et, depuis peu, du bongó, des tambours cubains. Notre nom est un jeu de mot avec chicos (qui veut dire, en espagnol, les garçons, mais aussi le groupe, la bande), Mendez (mon nom de famille), tout en étant un hommage à Chico Mendes, un syndicaliste et militant brésilien, qui s’est battu pour défendre les ouvriers et la forêt amazonienne, liant des questions environnementales, sociales et de droits humains.

C’était d’autant plus important de faire ce jeu de mot que nos chansons traitent de questions sociétales, parfois difficiles. Rendre hommage à quelqu’un qui a réussi à mettre de la poésie dans l’engagement, c’est une façon pour nous d’être cohérents avec le projet qui nous habite : lier poésie et engagement, mais aussi culture et enthousiasme.

Les musiciens sont des professionnels que j’ai connu il y a quelques années et que j’ai vu jouer dans d’autres groupes. Cet été, Chicos y Mendez existera depuis déjà trois ans et de vraies amitiés sont nées. Chacun est venu avec ses propres influences (du rock, de la pop, mais aussi du jazz ou de l’afro), ce qui donne un résultat mixte vraiment intéressant.

Photo de Kmeron

Dirais-tu que vous êtes un groupe engagé ? Faire de la musique, c’est politique ?

On veut que nos chansons portent un message et que notre musique soit festive, mais pas que. On souhaite réussir à aborder des thématiques difficiles, comme les inégalités, les discriminations ou le racisme, avec un angle optimiste. Notre ambition – mais sans aucune prétention –, c’est de mettre l’aspect lumineux de nos existences en avant. On ne veut pas être moralisateurs ou donneurs de leçons, mais pouvoir partager notre musique lors de concerts, et maintenant aussi en CD.

Tout est politique, pas au sens partisan, mais au sens noble du terme, de la gestion de la cité, de réappropriation. Quand un artiste traite une question, qu’elle soit personnelle ou collective, cela dépend toujours de sa vision sur ce qu’est (ou devrait être) la vie. La musique est donc politique, comme l’art ou des manifestations organisées dans l’espace public. Si certaines de nos chansons sont porteuses d’une vision de fraternité et de solidarité, qui manquent dans notre société individualiste, d’autres parlent d’amour ou sont plus personnelles et familiales.

Être un groupe de musique alterlatino, c’est appartenir à un plus large courant, ou c’est un délire entre potes ? Ça veut dire quoi d’ailleurs ? Et musicalement, ça consiste en quoi ?

Ce n’est pas du tout un délire entre potes, c’est ce qu’on appellerait en anglais le genre Latin alternative ou fusion. C’est un style de musique d’inspiration latine mais qui fait se rencontrer différentes influences, à la manière de La Mano Negra ou de Manu Chao. Notre musique entre en écho avec mes deux nationalités, belge et péruvienne, et cela produit une musique métissée, dont les styles sont très variés. Le fait d’être multilingue dans notre musique est aussi une partie de notre identité.

Photo de Kmeron

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Y a-t-il des artistes que toi ou tes musiciens admirez particulièrement ou qui vous font plus vibrer que d’autres ?

Nos inspirations sont très diverses et vont des musiques traditionnelles sud-américaines à des musiques très contemporaines. On aime beaucoup Calle 13, un groupe qui va chercher des sonorités très traditionnelles et les mélange avec du hip-hop, du ragga, etc. Ils allient de très beaux textes avec une esthétique et une musicalité incroyables. J’ai aussi été énormément influencé par la musique franco-européenne et par Brassens. C’est un plaisir de pouvoir s’inspirer d’un musicien et auteur aussi incroyable et d’y mettre notre grain de sel musical.

Votre premier album ¡Siempre de Pie! vient de sortir. De quoi parle-t-il ? Quel est le morceau que tu trouves le plus réussi (et pourquoi ?) ?

¡Siempre de Pie! veut dire « Toujours debout ! ». Les morceaux ne sont pas là pour hasard, ils ont tous un sens même s’ils vont dans différentes directions. Certains, comme la chanson De Pie, parle du fait qu’on sera toujours du côté des gens qui refusent de se résigner. On se quitte maintenant, mais dans l’idée de se revoir bientôt, d’être du côté de ceux qui essayent de transformer le quotidien pour améliorer leur vie et celle des autres. Vida Colectiva parle de la vie collective et raconte le plaisir de partager des projets collectifs (que ce soit la famille, des projets sportifs ou une vie militante, par exemple), tous des moments où on essaye de s’associer. Actuellement, le contexte ne pousse pas à s’associer, alors que belle manière de se lier entre humains !

Ayant moi-même grandi en Wallonie d’un père migrant péruvien, étant allé à l’école en Flandre, vivant à Bruxelles, tandis qu’un autre membre du groupe est Liégeois, un autre Tournaisien et que le dernier vit en Flandre, Multibelgical est une déclaration d’amour à la Belgique. Nous sommes très contents et fiers que le pays, malgré sa complexité, soit une terre d’accueil, où chacun peut trouver facilement une place. Ce morceau, c’est une manière de faire sa fête à la Belgique multiculturelle, fière de ses couleurs.

Otro Día Más est une chanson d’amour, tandis qu’Hasta Victor Siempre est une chanson très personnelle, en hommage à mon père, disparu il y a deux ans. J’interprêtre seul sur scène, à la guitare, ce morceau beaucoup plus clame que les autres, mais que je souhaite partager avec le public.

¡Siempre de Pie! est éclectique, à l’image du groupe, et traite de plein de choses différentes, mais toujours avec une volonté d’être sincères, d’avoir un moment d’échange et de partage avec le public. On souhaite vraiment produire une musique à la fois lumineuse et sincère.

Je suis particulièrement fier de Vida Colectiva et content que ce morceau soit sorti, car c’est le premier où je rappe en français alors que d’habitude je chante ou rappe en espagnol. Je ne sais pas si c’est le plus réussi, mais je suis heureux de l’avoir fait. Il passe à la fois en radio côté flamand et côté francophone, ce qui est déjà une satisfaction d’avoir pu construire quelques ponts. C’est en tout cas le morceau le plus surprenant et c’est très chouette d’avoir pu expérimenter ça et que le public semble bien réagir.

Photo de Groove Man

Depuis un ou deux ans, vous commencez à vous faire un nom, en enchaînant des concerts à droite à gauche. Cet été, vous passez la troisième ? Après l’Inc’Rock Festival en mai et plusieurs fêtes de la musique (Saint-Gilles, Nivelles et Durbuy), vous serez à Couleur Café le 2 juillet 2016. Pas trop le trac ?

On vient défendre notre premier disque. On a eu de la chance avec le groupe depuis le début, vu qu’on a déjà pu être à l’affiche d’Esperanzah devant beaucoup de monde, on a fait l’Ancienne Belgique, deux fois le Botanique, été jouer à Barcelone et fait une première partie de Manu Chao. On a déjà fait beaucoup de concerts.

Évidemment, il y a du trac. Par contre, il n’est pas lié à la taille de la scène mais au fait de venir défendre le nouveau CD devant le public. On adore la scène, c’est ce qu’on préfère faire ! Le trac se mélange à de l’impatience, à une envie de donner tout ce qu’on a à offrir, à mettre tout notre cœur et notre énergie dans notre show !

On essaye de proposer un show plus complet qu’avant, avec quelques nouveautés, notamment au niveau des instruments avec un bongo et un clavier. On veut aller plus loin dans l’expérimentation musicale. Couleur café, c’est particulier aussi parce que j’y vais depuis que je suis tout petit. Je suis très content de jouer là et d’avoir la chance de clôturer le festival samedi, ça me fait super plaisir ! On est plus impatients que stressés, on se réjouit à l’avance de pouvoir partager notre musique sur scène avec le public !

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