Interview de Pierre Makyo pour la sortie de  « La grosse Tête », un Spirou de Makyo, Toldac et Tehem

Un nouveau Spirou vient de paraître! Pas dans la série régulière, mais la série parallèle dans laquelle différents auteurs reprennent, à tour de rôle, le groom mythique de la bande dessinée avec un (ou plusieurs) « Spirou vu par… ». Cette fois, ce sont les deux frangins Makyo et Toldac qui s’y collent avec le dessinateur Tehem pour La grosse tête, une relecture de différents albums de Spirou dans laquelle Spirou devient une star de cinéma mégalomane et jet-setteur au détriment de ses amis les plus proches. Mais c’est sans compter d’obscurs événements au Bretzelburg qui vont obliger les héros à revoir leur priorité. Nous avons posé quelques questions à Pierre Makyo.

Bonjour Pierre, Quel était votre rapport avec Spirou et Fantasio avant d’attaquer cet album ? Un héros de votre enfance ?

Je fais de la bande dessinée à cause des Spirou de Franquin. Comme d’aucuns sont tintinophiles, moi, Tintin m’a toujours laissé de marbre. Spirou en revanche m’a littéralement fasciné lorsque j’étais enfant.

Et maintenant que cet album est réalisé et paru ?

Difficile à dire. Je suis très fier de cet album. J’en ai déjà réalisé un certain nombre. Celui-ci me tient particulièrement à cœur.

Spirou, c’est quoi pour vous ?

Le symbole même de l’humour et de la poésie en bande dessinée.

La Mauvaise tête, un de vos albums fétiches ? QRN sur Bretzelburg aussi ?

Mes trois albums préférés sont effectivement la mauvaise tête, QRN sur Bretzelburg et prisonniers du bouddha. Les trois albums qui servent de référence à notre histoire La grosse tête.

Il y a quelques mois sortait le dernier tome de la série régulière, vous avez continué à la suivre ?

Oui, bien sûr. J’aime beaucoup les scénarios de Velhman et le dessin de Yoan.

Comment se sent-on le jour où paraît l’album avec une telle relecture personnelle du « mythe » ?

Là encore, difficile à dire. Disons que c’est le rêve !… J’ai tellement rêvé avec Spirou.

Comment êtes vous entré dans cette aventure ? Ça vous faisait envie depuis longtemps ?

Je dirais que je me suis lancé dans l’aventure, avec mon frère au départ, puis avec Tehem, avec une énorme envie de bien faire, d’être à la hauteur de l’enjeu et tout en étant le plus fidèle possible à l’univers de Franquin et Greg, de trouver notre propre voie humoristique dans une vision d’un Spirou moderne et pleinement contemporain

Le Spirou de - Tome 8 - La grosse tete - Makyo Toldac Tehem - Tournage

Et comment vous sont venus les thèmes peu conventionnels pour ces héros de la gloire, du rapport au luxe, les souvenirs et versions qui changent en fonction des personnes, la mégalomanie ?

Les thèmes sont venus naturellement lorsque Benoît Fripiat (ndlr. éditeur chez Dupuis) nous a indiqué qu’avec  ces « Spirou de » nous étions libres de jouer avec l’image et les codes habituels des héros. Nous avions la possibilité de faire un Spirou original et peut-être moins conventionnel.

Finalement, vous avez voulu montrer qu’après près de 70 albums et encore plus d’aventures, il était normal que de temps à autre Spirou et Fantasio se crêpent le chignon (ou le calot) ?

Encore une fois, libérés de certaines contraintes, nous avons avant tous trouvé ça très amusant.

Comment s’est passée la collaboration avec votre frère Toldac ? Comment chacun a-t-il amené sa pierre à l’édifice ? Qui est responsable de quoi ?

J’ai l’habitude de travailler avec mon frère, surtout pour les histoires comiques. Il était déjà mon co-scénariste à l’époque des Bogros. Il a un esprit très enjoué et trouve des gags que je ne trouverais pas. Pour ma part, je suis peut-être plus « technique » tout en écrivant des choses amusantes, mais différentes.

Le Spirou de - Tome 8 - La grosse tete - Makyo Toldac Tehem - Parapluie

Tehem a quand même un dessin et un style bien particuliers, ça a influencé votre manière d’écrire le scénario ?

Non. Nous avons d’abord écrit entièrement l’histoire. Mais j’avoue que j’espérais déjà que Tehem accepterait de dessiner cette histoire. Il a un dessin très inventif et très « rigolo ». Je précise que Tehem a par ailleurs ajouté plein de gags visuels qui sont issus de son imagination à lui et de son talent particulier.

En fin d’album, il y a ces gags en strips en bonus, quelle est leur histoire ? Vous auriez voulu les insérer dans l’histoire-même ?

Les strips en bonus sont entièrement réalisés par Tehem. Bien sûr, peut-être que ça aurait été amusant de les mettre dans l’histoire. Mais il aurait fallu faire un album de 100 pages.

Finalement ce type d’album, ça met la pression ? On le réalise comme tout autre album ou l’expérience est différente ?

Pas de pression, mais beaucoup de travail, d’essais, de tâtonnements, de réécriture. Benoît Fripiat et Sergio Honorez (ndlr. le directeur éditorial) nous ont beaucoup aidé à nous repositionner au cours de certaines de ces errances.

Quand on fait un « Spirou vu par… », on a le champ totalement libre ?

Oui. Mais respectueux de l’univers lui-même, on sait instinctivement ce qu’on peut faire et ne pas faire.

Le Spirou de - Tome 8 - La grosse tete - Makyo Toldac Tehem (4)

Que vous a apporté cette aventure ?

De la sueur et de la joie. Pas de larmes ni de sang, fort heureusement.

Quels sont vos projets maintenant ?

Nombreux. Mais entre autres, j’aimerais faire une autre histoire humoristique pour Dupuis.

Merci beaucoup! 

Voilà sans doute l’un des albums de bande dessinée qui fait le plus polémique depuis quelques jours: mal fait, raté, peu respectueux de Spirou et son univers et j’en passe. Autant de qualificatifs que cet album ne mérite que peu. On aime ou on n’aime pas. Moi, j’ai beaucoup aimé.

Certes, difficile dans un premier abord de se faire au style de Tehem très éloigné des standards de Franquin ou autres Yoann. Mais quelques cases suffisent pour se faire au dessin du créateur de Malika Secouss. Et cet album est peut-être celui qui correspond le plus jusqu’à maintenant au principe d’un « Spirou vu par…  » Avec un dessin clairement assumé et permettant des scènes jamais vues dans un Spirou. Mais avec aussi un scénario très personnel, entre hommage et réappropriation des personnages pour exploiter leurs démons, leurs envies de célébrité. Et après plus de 75 ans dans les hauteurs des charts de la BD, on pourrait aisément comprendre que Spirou soit devenu désobligeant, acerbe et mondain.

Quant à l’aventure qui ramène Spirou et Fantasio sur les terres d’un Bretzelburg en fâcheuse posture suite à un coup d’état; elle tient la route, alignant les gags et des idées fantaisistes et souvent hilarantes (une dictature par le gavage au Chtoumpfell). Voilà un album atypique et unique, peut-être pas les meilleur des « Spirou de … » mais celui qui a poussé le concept le plus loin. Avec qualité, qui plus est!

Avec en plus, une adaptation délirante de Spirou au format de strips.

Le Spirou de - Tome 8 - La grosse tete - Makyo Toldac Tehem - Gag

La grosse Tête – Le Spirou de… Tome 8, Makyo, Toldac et Tehem, Dupuis, 72p., dont 4 de bonus, 14,50 €

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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