Récit d’un djihadiste parti en Syrie

Avec J’ai été djihadiste en Syrie comme titre, on ne peut s’attendre qu’à un livre choc, d’autant plus vu l’actualité. J’attendais beaucoup de ce livre, notamment certaines réponses à mes questions. Comment une personne en arrive-t-elle à se radicaliser?

Michael Younes Delefortrie est un belge converti à l’islam. Adolescent tourmenté, il a pour habitude des soirées très arrosées, de la drogue et de trainer avec sa bande de potes. Mais il en vient à se demander si son mode de vie lui convient vraiment. C’est alors qu’à la fin de l’adolescence, il se tourne vers l’islam. Il est tout d’abord attiré par cette religion, qui lui permet de reprendre sa vie en main. Elle lui donne un nouveau mode de vie, plus sain, il a alors l’impression de se remettre dans le droit chemin.

Cependant, il se tourne très vitre vers l’islam radical (je n’aime pas trop ce terme étant donné que je ne considère pas cette branche comme appartenant à l’islam). Il se met alors à côtoyer le mouvement Sharia4Belgium. Lors de la dissolution du mouvement, il continue sa vie. Et puis un jour, sa situation maritale bat de l’aile, on a alors l’impression qu’il veut trouver un nouveau sens dans sa vie. C’est à ce moment-là qu’il décide de partir en Syrie, rejoindre ses « frères ».

Ce récit nous livre bien le parcours de Youness. Mais, selon moi, il y a un énorme problème. En effet, nous n’avons que la vision du jeune homme (le but d’un récit, je sais, mais sur un tel sujet, je ne pense pas que ce soit une bonne chose) mais aucune remise en contexte notamment en ce qui concerne le mouvement Sharia4Belgium qu’il défend ardemment. Je ne connais ce mouvement que par la presse et ses remous: c’est-à-dire la vision d’un mouvement qui mène à l’intégrisme. Une remise en contexte est extrêmement importante, afin que le lecteur puisse se faire son avis. D’autant que le récit est écrit par un une autre personne: Bruno Struys.

J’aurai aussi aimé avoir une interview dans le livre, quelque chose pour confronter la vision de Younes surtout étant donné le contexte. En effet, en lisant son récit, j’ai eu envie de le confronter par exemple à la place des femmes dans l’islamisme radical, aux morts, aux esclaves, à l’absence de liberté, à toutes les atrocités perpétrées par l’Etat Islamique.

Il en est de même avec ses « frères » tombés au combat. Il parle souvent de fraternité. Et c’est d’ailleurs avec ce passage du livre que j’ai eu le plus de mal. Younes minimise son engagement en Syrie. À la lecture du livre, son voyage ne semble être qu’un road trip entre copains. Même s’il parle des conséquences juridiques qui sont quand même minimes. Et malheureusement je crains que beaucoup de jeunes soient dans la même mentalité.

Il est aussi intéressant de s’attarder sur le fait que le simple fait d’être musulman a rendu Younes sensible au fait que cette religion attire la méfiance. Et que donc avec Sharia4Belgium, ils utilisaient notamment la provocation afin d’acquérir une réelle liberté de culte. En dehors de ce mouvement polémique, il faut avouer que la liberté de culte pour les Musulmans est souvent mise à mal. Et c’est aussi une des choses qui a fait réagir le jeune homme.

Vous l’aurez donc compris, je n’ai pas forcément trouvé ce que je cherchais dans ce livre, c’est-à-dire une raison qui pourrait nous faire comprendre comment une personne en arrive à devenir djihadiste. Ou alors ai-je été déçue de voir à quel point il est « facile » de partir en Syrie? Nous avons bien le récit de Younes mais ses propos sont souvent à nuancer. Dommage pour un témoignage qui est censé nous aider à comprendre. Je pense qu’avec une bonne analyse et une confrontation, ce récit aurait pu être plus intéressant.

J’ai été djihadiste en Syrie, Bruno Struys et Michaël Youness Delefortrie, Ed. La boîte à Pandore, p. 224, 17,90€.

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Passionnée par l'écriture, j'ai fait des études de journalisme et me voilà maintenant journaliste freelance et rédactrice (c'est un peu comme une vie de saltimbanque avec de la déontologie et un peu de sérieux en plus!). Parfois aussi je prends ma caméra et j'arrive même à en faire des reportages.

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