« Jamais de la vie » & « L’année prochaine »

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de deux films actuellement dans les salles et où les Belges occupent des rôles importants (premiers rôles d’une part, réalisation, d’autre part).

Jamais de la vie

Avec Jamais de la vie, le réalisateur Pierre Jolivet (à qui l’on doit notamment Filles uniques (2003), La très très grande entreprise (2008) et Mains armées (2012)) nous propose un film équilibré, touchant, mais aussi assez lent. Au cœur de l’histoire, Franck, la cinquantaine, interprété par Olivier Gourmet (qui a entre autres été à l’affiche de L’exercice de l’État (2011) et de Terre battue (2014), mais aussi de nombreux films des frères Dardenne). Ancien délégué syndical en lutte (sans succès) pour la survie de son usine, marqué à vie par la fermeture de celle-ci, il sombre dans l’alcool durant plusieurs années, avant de reprendre tant bien que mal sa vie en main et de devenir agent de sécurité, la nuit, dans un centre commercial. Sa nouvelle vie est caractérisée par un ennui et un vide profonds, que l’ambiance du film rend bien, tant dans la bande sonore que dans la luminosité. Seul et sans but, il fait passer le temps en buvant et en bricolant un peu d’électronique. Une nuit, il remarque un 4×4 quittant le parking, ce qui va éveiller sa curiosité. De plus, ce nouveau combat à mener va progressivement lui redonner goût à la vie. Autour de ce personnage se trouvent sa conseillère dans un centre social (Valérie Bonneton), mère célibataire enthousiaste et encourageante, mais dans la galère elle aussi, et un proche collègue et ami (Marc Zinga, Yaya dans Les rayures du zèbre).

En à peine plus d’une heure et demie, le spectateur est immergé dans une intrigue profonde et dure, qui raconte la lutte d’un homme, d’abord contre lui-même, puis contre une cible légitime, une fois restaurée son envie de se battre. Ce film parle de la crise d’une façon très humaine, aborde des sujets graves tels que la recherche d’un emploi après un licenciement à plus de 40 ans, la dépendance à l’alcool, le sens de la vie, les travailleurs pauvres, etc. Et il arrive à le faire avec une certaine légèreté, en divertissant le spectateur, sans accroître volontairement et inutilement la lourdeur du récit, sans créer une atmosphère irrespirable pour autant. Progressivement, Franck sort de son trou, nous montre que la fatalité n’en est pas une, et que nous pouvons tous trouver en nous les ressources nécessaires pour agir, pour réagir. Il faut saluer le talent d’Olivier Gourmet, très crédible dans ce rôle, qui porte le film à lui tout seul. Ce personnage prend son destin en main et la machine s’emballe, jusqu’à nous offrir un dernier tiers du film d’une intensité inattendue, plus proche des codes du thriller que de ceux du drame.

Actuellement dans les salles en Belgique !

Jamais de la vie, de Pierre Jolivet, avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, Marc Zinga,… 95 min.

L’année prochaine

Premier long métrage de Vania Leturcq, réalisatrice belge née en 1983 et diplômée de l’IAD, L’année prochaine raconte l’évolution de l’amitié fusionnelle qui unit deux jeunes femmes lors d’une période charnière de leur vie, la transition du lycée, dans un petit village, à Paris où elles vont étudier une fois le bac obtenu. Clotilde, interprétée par Constance Rousseau, rêve de faire une prépa prestigieuse à Paris, tandis que sa meilleure amie, depuis l’enfance, Aude (Jenna Thiam), semble encore songeuse et ne partage pas ces rêves de gloire. Mais la première entraîne la seconde à Paris, prenant cette décision pour elles deux, et c’est là que leurs chemins commencent à se séparer. Clotilde s’éprend d’un intellectuel parisien de vingt ans son aîné (Julien Boisselier), qui lui permet de fréquenter le milieu dont elle rêve, tandis qu’Aude semble éprouver des sentiments mêlés pour un gars du village, pas une flèche, mais empreint d’une sincérité réelle. Elles se différencient progressivement aussi dans la façon d’aborder leur nouvelle vie, de concevoir leurs études, leurs relations nouvelles, mais aussi leur relation. Une amitié adolescente forte peut-être résister à des bouleversements aussi radicaux ? Que sacrifie-t-on sur la voie de l’âge adulte, lorsque l’on cherche à s’affirmer, et à refaçonner son identité, en tant qu’individu ? La rupture d’une amitié est-elle moins violente que la rupture d’un couple ?

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L’année prochaine nous plonge au plus près des sentiments et des émotions de ces deux jeunes femmes, dans leur intensité et leur versatilité, dans leur intimité aussi. Le film n’invite pas à prendre parti, pour l’une ou l’autre, mais à suivre leur trajectoire commune, puis individuelle, à en être témoin. Le spectateur ne compte pas les points, il n’est pas en situation de prendre parti, mais assiste au changement, inévitable… comme la rupture ? Au final, il s’agit d’un film réussi, qui s’appuie avantageusement sur des images lumineuses et une musique entraînante. On regrettera juste que, comme souvent, des actrices âgées de 24-25 ans soient choisies pour interpréter des jeunes femmes encore au lycée, alors que leurs traits et leurs façons d’agir, de se déplacer, etc. ne laissent planer aucun doute sur le fait qu’elles ont elles-mêmes déjà achevé cette transition.

Actuellement dans les salles en Belgique !

L’année prochaine, de Vania Leturcq, avec Constance Rousseau, Jenna Thiam,… 105 min.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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