Jean-Bernard Pommier, Intégrales pour piano de Beethoven

Le 26/05/2013 à l’Espace culturel Flagey.

Avec : Jean-Bernard Pommier.

Programme : Sonate N°1 en fa mineur de Beethoven. Sonate N°18 en fa mineur de Beethoven. Sonate N°29 en si bémol de Beethoven.

Tarif : 17€.

Durée du spectacle : 1h30 min

«Rendez-vous exceptionnel à Flagey à l’occasion d’un cycle reprenant l’intégrale des sonates pour piano de Beethoven. Jean-Bernard Pommier, dont la renommée n’est plus à faire, s’attaque à un monument du répertoire pianistique à la hauteur de son savoir-faire. Incontournables par leur variété et l’individualité surprenante dont elles font preuve, ces sonates requièrent cependant une maîtrise technique imparable et poussent déjà à l’extrême un instrument dont le règne ne faisait à l’époque que commencer. De quoi satisfaire les amateurs les plus férus de Beethoven et de son instrument de prédilection.»

Voilà donc le troisième concert du cycle piano organisé par Flagey, qui inaugure un ensemble de 8 concerts au cours desquels Jean-Bernard Pommier interprétera l’ensemble des sonates pour piano de Ludwig van Beethoven. Le concert se déroule cette fois dans le Studio 1, beaucoup plus intimiste que l’imposant Studio 4 inaugurant le cycle (Ivo Pogorelich, Piano). L’acoustique de cette jolie salle laisse aux œuvres interprétées ce soir toute la liberté de « sonner », puisque sonate désigne en italien « une musique qui sonne ».

Le pianiste entre en scène, et s’attaque littéralement à l’œuvre. Sans partition pendant les 1h30 que durent la représentation, Jean Bernard Pommier vit l’œuvre de Beethoven ; il souffle, s’agite, marque de longues pauses, reprend, murmure les notes qu’il fait vivre. Il ne s’agit pas là d’un concert statique mais bien d’un récital vivant : la musique prend corps sous les doigts du musicien qui lui donne toute son énergie. Les trois sonates interprétées ce soir s’inscrivent de manière intéressante dans les grandes périodes de la vie de Beethoven.

La Sonate N°1 en fa mineur est créée entre 1794 et 1795. A cette date, Beethoven est agé de 25 ans et vient tout juste de s’installer à Vienne, alors capitale de la musique occidentale. Mozart vient de décéder (1791), et Haydn accepte que Beethoven lui succède et devienne son élève. Malgré une estime réciproque, la collaboration des deux artistes est délicate comme en témoignent ces mots de Haydn à l’encontre de son élève : « Vous avez beaucoup de talent et vous en acquerrez encore plus, énormément plus. Vous avez une abondance inépuisable d’inspiration, vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique, mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies ; car vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». En 1794, suite au départ de Haydn, Beethoven poursuit son apprentissage avec divers autres professeurs. Ses talents de pianiste et ses dons d’improvisateur le font connaître et apprécier des personnalités mélomanes de l’aristocratie viennoise, et c’est à cette époque qu’est composée sa première sonate pour piano, qu’il dédie tout de même à Haydn. La première sonate, qui restera une des préférées de Beethoven, comporte classiquement 4 mouvements. L’interprétation de Jean-Bernard Pommier, irréprochable et pleine de vie, nous plonge directement dans un autre univers. La vivacité du premier mouvement cède la place à la mélancolie de l’adagio et du menueto, avant de conclure sur un prestissimo revivifiant.

L’année 1802 marque un premier grand tournant dans la vie du compositeur. Frappé s’une surdité croissante depuis 1796, il songe un moment au suicide, avant de se ressaisir et de faire parler la vitalité de sa création. Du fait de son handicap, sa carrière d’interprète s’infléchit. Privé de la possibilité d’exprimer tout son talent et de gagner sa vie en tant qu’interprète, il va se consacrer à la composition avec une force de caractère que rien n’avait laissé prévoir. C’est à cette époque qu’il compose la Sonate N°18 en mi bémol majeur, qui reste emblématique du tournant que prend alors la vie de Beethoven : elle sera la dernière de ses sonates à comporter plus de trois mouvements, et la dernière à inclure un menuet. Le morceau, sous les doigts de Pommier, est bondissant, et véritablement interprété « avec feu », comme indiqué par Beethoven pour le dernier mouvement.

La sonate N°29 en si bémol majeur fut quant à elle composée à la fin de la vie du compositeur entre 1817 et 1819, mettant fin à quatre années d’une quasi stérilité artistique et de difficultés personnelles et financières pour Beethoven. Il destine cette sonate au piano-forte le plus récent (Hammerklavier en allemand), il l’envisage comme la plus vaste de toutes celles qu’il a composées jusque-là. Exploitant jusqu’aux limites des possibilités de l’instrument, durant près de cinquante minutes, la Grande Sonate pour «Hammerklavier» laisse indifférents les contemporains de Beethoven qui la jugent injouable et estiment que, désormais, la surdité du musicien lui rend impossible l’appréciation correcte des possibilités sonores. Se souciant peu des doléances des interprètes, il déclare à son éditeur en 1819 : « Voilà une sonate qui donnera de la besogne aux pianistes, quand on la jouera dans cinquante ans ». En effet, pour les pianistes, la Sonate N° 29 est bien souvent considérée comme une œuvre monumentale, culminante, « qui parcourt tout autant les profondeurs que les sommets ».

Jean-Bernard Pommier excelle ici encore, tant techniquement qu’humainement, nous entrainant avec lui dans l’interprétation de ce morceau. Il parvient à produire une telle impression sur les auditeurs que les yeux en arrivent à se mouiller…. Comme après une séance de yoga, le temps s’est suspendu, on repart sur d’autres bases.

Pour plus d’infos sur le Cycle Piano de l’espace culturel Flagey, et sur la programmation de « Flagey 75 » : www.flagey.be

Prochaines dates à retenir du Cycle Piano : Beethoven Complete Sonatas par Jean-Bernard Pommier – 8 concerts entre le 26/05/2013 et le 15/10/2013. 

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