Le pop art noir jaune rouge

CultureRemains a poussé les portes de Pop Art in Belgium, où 140 oeuvres nous dévoilent comment artistes, collectionneurs et critiques belges se sont approprié le pop art international dans les années 60. Visite d’une expo qui BAM!

Pop Art: un art populaire imagé

Les années 50-60 sont le théâtre de grands bouleversements au sein de la société. C’est l’époque de la guerre du Vietnam, de la domination américaine, de la production de masse, et donc d’une croissance économique exceptionnelle. C’est aussi une période de révolte portée par les jeunes qui refusent les codes, rejettent l’ordre établi, déstructurent les traditions et prônent la libération sexuelle. C’est dans ce contexte chaotique que l’art voit l’émergence d’un nouveau courant: le Pop Art. Né et développé en Grande-Bretagne et en parallèle aux Etats-Unis, le Pop Art (pour popular art) rompt avec le classicisme et part du principe de l’art en tant que réalité quotidienne: des objets ou représentations de la vie courante sont isolés; tirés de leur contexte et mis en lumière par différents procédés; ils deviennent à eux seuls des oeuvres d’art, à l’image d’une célèbre boîte de soupe en conserve. L’inspiration provient principalement de la société de consommation que l’on dénonce. On revendique le pouvoir des images, qui connaissent un grand essor grâce à la pub, à la télévision ou encore aux magazines.

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De New York à Bruxelles

L’histoire du Pop Art belge débute en 1963 avec l’exposition George Segal dans la galerie Sonnabend à Paris. Critiques, artistes et collectionneurs s’y rendent et découvrent ce mouvement artistique nouveau directement importé de New York. L’engouement côté belge est immédiat : les collectionneurs s’arrachent des pièces aussi riches que variées d’artistes américains dans le vent et très vite, on voit apparaître des interprétations pop d’artistes de nos contrées, qui, pour certains, connaîtront un succès relativement tardif. Parmi eux, Broodthaers, Panamarenko, Jeff Geys, Raoul De Keyser, Pol Mara ou encore Evelyne Axell.

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On comprend au fil de l’expo que cette dernière a beaucoup contribué à l’essor du pop art belge féminin: à l’époque, le mouvement est dominé par des hommes dont le sujet de prédilection est bien souvent la femme objet; or l’artiste voit le pop art comme une façon de l’émanciper. Si les thèmes de l’amour et du sexe sont très développés, les artistes déclinent également des thèmes de la vie quotidienne, du cinéma, de la violence, de l’espace intersidéral. Côté techniques, ils s’inspirent de procédés industriels comme le collage, la sérigraphie, l’acrylique, ou le fameux point Benday. Côté matières, ils introduisent des matériaux inédits ou insolites comme le plexiglas, le polysryrène expansé, l’émail ou le feutre.

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Si l’idylle belge du pop art est assez intense, elle s’essouffle petit à petit pour se terminer vers 1970. Et donc? Exit tous ces artistes belges? Non! Le Pop Art, ce courant bouleversant (au sens propre), a réveillé toute une génération d’artistes, a propulsé leur carrière contemporaine hors norme, que certains poursuivront en empruntant d’autres chemins.

Peut-on vraiment parler de Pop Art made in Belgium? Assurément! Les œuvres exposées ne sont pas de vulgaires reproductions d’artistes qui se revendiquèrent du mouvement de l’époque; chacun d’eux le pimenta à sa sauce, y apportant sa touche de surréalisme, de subversion, et d’humour. Comme le dit Carl Jacobs, co-commissaire de l’exposition: “ Il y a des styles très différents mais on remarque qu’en général, les Belges ajoutent toujours quelque chose. Là où certains n’ont fait que copier l’imagerie américaine, les Belges vont plus loin”. On est d’autant plus fier de voir trôner nos artistes auprès des légendes que sont Andy Wahrol et Roy Lichtenstein!

Pop Art in Belgium

Jusqu’au 14 février 2016 à l’ING Art Center, 6 Place Royale à Bruxelles
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h; nocturnes tous les mercredis jusque 21h
Tarifs: de 0 à 10€

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Coordinatrice éditoriale pour Culture Remains, j'use aussi de temps à autres de ma plume. Culturellement plutôt classique, je reste toujours ouverte à d'autres horizons.

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