Lisbeths au Théâtre Le Public

Photos spectacle © Bruno Mullenaerts

Dis, ils vont les allumer, les lumières ?

Chhh, chhh, chhhut… Ben allumez les lumières et on se taira !

Z’ont pas l’air de s’être foulés pour le décor…

C’est une pièce pour aveugles en fait, ahahah !

J’avais les nerfs. À côté de moi, deux imbéciles bien en chair pensaient tout haut. Du mépris gratuit. Déversé jusqu’à ce que Lisbeth et Pietr, à la terrasse d’un café de Tour, tombent amoureux et les bâillonnent.

On est tout seul au théâtre. Quand la pièce est bonne sans n’être que drôle, on est tout seul au théâtre. À condition qu’on ait la décence de se taire quand les circonstances le demandent, cela va sans dire… Que l’on vienne seul ou accompagné, au final on est seul dans son siège, seul face aux personnages qui prennent vie, seul à serrer les dents aux remarques stupides des spectateurs voisins… et quand ils se taisent enfin, nous sommes seuls avec nos propres émotions qui rebondissent d’un bout à l’autre de notre corps, corps qui délimite tout. Des corps comme des barrières. Mais des barrières comme des émetteurs. Des rires, éclatés ou frissonnants, des muscles crispés, des déglutitions. Souvent la solitude du spectateur est plus poignante encore lorsque la pièce est excellente. Ressentent-ils ce que je ressens ?

Tout va très vite, dans une confusion d’abord mêlée d’excitation, celle des personnages lors de leur rencontre. Et la confusion sert l’illusion qui plane entre Lisbeth et Pietr, qui apparaissent chacun comme un mirage dans la vie de l’autre. La pièce entière surgit et s’évanouit comme une illusion, celle de l’amour.

Pourraient quand même faire un noir pendant qu’il apporte le lit, hein !

Le gros lard à ma droite n’a visiblement pas compris le choix pourtant fort pertinent du metteur en scène. C’est que depuis la première réplique, Pietr et Lisbeth racontent leur amour dans une mise en scène complètement épurée, revivant chaque instant en égrainant de manière subtile et effrénée les didascalies. Qu’ils remontent devant nous le décor de leur histoire prend tout son sens.

Isabelle Defossé et Georges Lini sont tous deux bouleversants dans ce très beau texte plein de sursauts de Fabrice Melquiot. Au cœur du dédale de leurs deux versions des faits, ils nous déroutent : qui croire ? Ils rendent l’humour aussi saisissant que la noirceur, sans compter leur débit assez fou, qui ajoute à la sensation de vertige, qui nous enveloppe dès les premières secondes et nous emmène irrémédiablement vers le tourbillon final.

Lisbeths déploie une ambiance particulière qui s’insinue en vous comme le brouillard qui s’avance doucement, vous imprègne et fait vibrer des cordes sensibles. Il vous reste un mois pour découvrir cette pépite, foncez !

Lisbeths

Jusqu’ au 29/10/16 au Théâtre Le Public, 64-70 rue Braemt à 1210 Bruxelles.

Du mardi au samedi à 20h30 – Durée 1h10.

De: Fabrice Melquiot

Mise en scène : Georges Lini

Avec: Isabelle Defossé et Georges Lini

Une coproduction du Théâtre Le Public, de la Compagnie Belle de Nuit et de la Charge du Rhinocéros.

Tags from the story
Written By

Dévoreuse de livres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *