Lucky Luke flingue façon Audiard et Lautner

Pan, Pan! Revoilà, l’homme qui tire plus vite que son ombre pour une sixième Aventure de Lucky Luke d’après Morris. Et le cowboy de revenir en force avec les Tontons Dalton marquant le retour aux affaires et au scénario de Laurent Gerra qui avait scénarisé les trois premiers tomes de cette collection avant de laisser sa place aux non moins talentueux littéraires que sont Daniel Pennac et Tonino Benacquista. Achdé, quant à lui, est toujours au dessin (et fait bien tant il arrive à insuffler le rythme de cette histoire) pour cet album résolument sous influence.

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En effet, cet album a été créé en marge et au hasard heureux des 50 ans d’anniversaire des mythiques Tontons Flingueurs, film culte de George Lautner et dialogué par Michel Audiard. Un univers auquel, on le sait, l’humoriste français est très sensible et admiratif. Aidé par le nouveau venu (et véritable encyclopédie) Jacques Pessis, le duo a donné à cette 116ème histoire du cowboy le plus rapide de l’Ouest les couleurs de l’hommage. Tout en gardant, aussi léger soit-il, un ancrage historique au travers de la vie d’Emmet Dalton, un des quatre bandits de la fratrie originelle. Entre les histoires de colt, trouvait-il un peu le temps de vivre quelque histoire d’amour? Toujours est-il qu’il a laissé sur les bras d’une danseuse de saloon, un fils. Celle-ci doit partir pour une tournée en Europe et décide de laisser la garde de l’enfant à nos Dalton préférés.

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Libérés pour l’occasion, les voici qui s’installent en tontons (Averell en parrain) dans la charmante (avant leur arrivée, du moins) bourgade de Rupin City. Le tout sous la surveillance de Lucky Luke et de Maître Blanchini (qui a les traits de Francis Blanche). Mais l’instinct criminel de Joe reprend le dessus et les « Rupinois » ne voient pas l’arrivée des quatre bandits d’un bon œil. Et la garde de l’enfant, véritable hors-la-loi en devenir, n’est pas de tout repos et ne va en rien assagir les Dalton.

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Truffé de bons mots comme en raffolait Audiard et de caricatures presque plus vraies que nature (quel plaisir de retrouver la gouaille de Robert Dalban en majordome à la Winchester taquine; ou d’un Bernard Blier), les Tontons Dalton prouve que Gerra n’est pas seulement imitateur dans la voix, mais l’est aussi dans l’esprit et l’écriture. Beaucoup de répliques font mouche (sur l‘école: « On commence avec un bonnet, on finit avec un boulet », « Cinq minutes qu’ils sont là et c’est déjà OK Corral », « Touche pas au Frichti »), un Rantanplan toujours plus à côté de la plaque (bien qu’un peu fade dans ce tome-ci) et le comique est de répétition (c’est un album où tout le monde a presque faim tout le temps). Et ce même si l’histoire en souffre un peu, passant au second plan face à ce déluge (un peu trop?) hommageant, on est pris de fous rires face à la rencontre de ces deux univers, entre 7ème et 9ème arts. Le trio Gerra- Pessis-Achdé signe un bon cru, à défaut d’un grand.

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Laurent Gerra, Jacques Pessis et Achdé, Les tontons Dalton, chez Lucky Comics (Dargaud), 48 pages, 10,60€

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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