Menace (climatique) sur le vin

Sur quelles terres fait-on pousser la vigne en vue de produire du vin ? Pour ceux qui en doutaient encore, ce n’est évidemment pas juste en France que cela se passe. A travers le monde, partout entre 30° et 50° de latitude nord et 40° et 20° de latitude sud s’étendent les terrains de jeu du vin. De tous temps, les menaces sur le vin ont été nombreuses : qu’il s’agisse de la météo, d’insectes (on pense notamment au phyloxera qui a ravagé des vignobles entiers, principalement au XIXe siècle), de pesticides, ou de l’homme lui-même (pourquoi donc s’acharner à produire certains vins totalement imbuvables ?). C’est maintenant au tour du changement climatique (rapide) de menacer le vin (hausse généralisée des températures, rareté de l’eau, dérèglement de la météo,…). Pour l’instant, cela ne se passe pas trop mal : le vin devient plus alcoolisé et, à certains endroits, n’en est que meilleur. Mais cela ne va malheureusement pas durer. Les zones du globe où l’on pourra produire du vin demain seront différentes de celles où cela se passe aujourd’hui ; des reconfigurations sont inévitables. Disparus les vins du Sud-Ouest ? Adieu les Chianti Classico ? Quasiment plus de vins espagnols ? Ce sera par contre l’occasion pour de nouvelles régions de se lancer dans cette culture : dans le centre et le nord de l’Allemagne ou en Angleterre, par exemple, mais aussi en Europe de l’Est.

Pour ceux qui en doutaient encore, les changements climatiques ne vont donc pas toucher uniquement l’environnement, mais aussi, comme l’explique ce livre, dans le cas précis du vin, l’activité économique de régions entières, y faisant disparaître dans le même mouvement des emplois et des touristes, tout en portant atteinte à ce qui participe à leur culture et leur patrimoine communs. Les auteurs reviennent dans un premier temps sur l’histoire de la vigne et du vin, son apparition dans plusieurs aires culturelles, Jésus et le vin de messe, mais aussi, déjà, l’influence du climat, certes moins rapide et brutale qu’aujourd’hui. La vigne étant particulièrement sensible au climat, elle subit ces modifications de plein fouet : vendanges de plus en plus précoces, fleurs qui apparaissent trop tôt et subissent les affres de la pluie et du gel, modifications diverses du terroir, pourtant fondamental à son développement harmonieux. En conséquence : un déséquilibrage du taux de sucre dans le raisin et donc du taux d’alcool dans le vin qui suffit, au-delà d’un certain seuil, à en changer le goût (vers une uniformisation…) et à lui faire perdre ses qualités et sa finesse.

Actuellement, à court terme, certains vignerons se félicitent des conséquences plutôt positives du changement climatique, tandis que d’autres s’inquiètent de ce qui va suivre. Est-il réaliste d’imaginer relocaliser ses vignes ailleurs, dans une région plus accueillante ? Certains y pensent, mais cela semble fastidieux (en tout cas pour les petits et moyens producteurs). D’autres modifications des pratiques et techniques mobilisées sont possibles (en matière de choix et d’assemblage des cépages ou de vinification, par exemple), mais il est probable qu’elles ne feront que retarder l’inévitable. La biodiversité de la vigne (dont on recenserait jusqu’à 10.000 cépages dans le monde !) pourrait également se montrer décisive dans sa perpétuation et ses recompositions inévitables. Comme le concluent les auteurs, « la vigne et le vin de la vieille Europe n’ont pas le choix : évoluer ou disparaître sous les coups de boutoir du changement climatique ». Journalistes spécialistes de l’environnement et du changement climatique, Valéry Laramée de Tannenberg et Yves Leers appuient cet opuscule sur de nombreuses données scientifiques et développent un grand nombre d’exemples afin que le lecteur puisse en saisir les tenants et aboutissants, concrètement. Une solution qui semble s’imposer est le passage plus systématique à la biodynamie et à l’agriculture biologique qui permettra, à tout le moins, d’espérer pouvoir faire pousser la vigne sur des sols de meilleure qualité, plus susceptibles de participer à la résistance contre les changements climatiques et leurs effets néfastes.

Menace sur le vin. Les défis du changement climatique, de Valéry Laramée de Tannenberg et Yves Leers, Buchet/Chastel, 122 p., 12 €. ISBN : 978-2-283-02794-3.

Tags from the story
Written By

Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *