Mildred Pierce

Une mini-série en cinq épisodes, sur le destin d’une américaine divorcée, pendant la Grande Dépression. Mildred Pierce, c’est l’histoire d’une femme mariée et mère de deux petites filles. Elle mène une vie familiale heureuse jusqu’à ce qu’elle découvre la liaison extra-conjugale de son mari. Se refusant à subir le statut de la femme trompée, seule au foyer avec les enfants pendant que son mari batifole, elle demande le divorce. Mais la crise économique bat son plein, et pour subvenir aux besoins de ses deux filles, élevées dans le confort de la classe moyenne supérieure, elle se voit dans l’obligation de travailler. Les places de secrétaires ou de réceptionnistes auxquelles elle prétend sont chères, et Mildred Pierce est une femme fière, qui ne peut se résoudre à accepter un travail en dessous de son rang.

Contrainte par les événements, elle accepte de travailler comme serveuse pour gagner quelques sous. Dans cette mini-série, comparable à une saga familiale, nous découvrons la vie de Mildred Pierce, faite de sacrifices et d’abnégation, d’amours bafouées, tant envers les hommes de sa vie qu’envers ses filles. Kate Winslet incarne ce personnage à merveille, un rôle où le corps a son importance, parfois grossier et engoncé dans un costume qui ne lui colle pas à la peau. Car Mildred Pierce se bat pour conserver un statut social fragile, et pour donner à sa fille Veda l’éducation musicale qu’elle désire. Elle atteindra le sommet, mais son parcours sera truffé d’embûches, et son issue étonnante.

Au début centrée sur la vie de Mildred, son travail et son accomplissement dans le milieu hôtelier, l’intrigue se resserre, dans les deux derniers épisodes, sur la relation qu’elle entretient avec sa fille aînée Veda, brillamment incarnée par Evan Rachel Wood. C’est là la facette la plus intéressante de cette série, une relation mère-fille au-delà de l’entendement, pour nous simples gens du XXIe siècle. Veda, depuis son plus jeune âge, ne cesse de mépriser sa mère, de lui reprocher son manque de classe, son travail minable, et ce par des bassesses et des provocations d’une ampleur de plus en plus violente. C’est une opportuniste, une amoureuse de la classe haute, qui joue des coudes et n’hésite pas à mettre à terre sa mère pour y arriver coûte que coûte.

Mildred Pierce, face à ce comportement, ne perd pas espoir de recevoir l’affection de sa fille, et son dévouement ne faillit jamais. Elles incarnent à elles seules l’emblème de la confrontation des classes sociales, sur fond de crise économique, d’intrigues amoureuses, et d’ambitions démesurées. L’issue de cette relation à couteaux tirés ne peut être que croustillante, et malgré une intrigue en perte de vitesse dans le troisième épisode, le dernier volet vaut le détour.

Pour les amoureux de séries courtes, riches et stylisées, qui comme moi, ont absolument besoin d’une fin. Les décors et costumes sont somptueux, et la plongée dans les années trente n’est pas seulement visuelle. Les confrontations entre les personnages suivent une logique d’époque, et pour les assoiffés de séries intellectuelles, cela demande un décryptage jouissif.

Marlène

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2 Comments

  • Ton article soulève de bons points sur les forces et faiblesses de la série mais , pour moi, il passe à coté de la base essentielle qui fait que la série a ces défauts-là. Je ne peux m’empecher de réagir sur ton article car j’ai traité le film Mildred Pierce dans un travail approfondi d’analyse et c’est un film que j’adore. Il date de 1945, lui-même adapté d’un roman de 1941. Dans la série, il va sans dire que Kate Winslet reprend très bien le flmabeau laissé par la sublime Joan Crawford. Mais le soucis vient pour moi du coté adaptatif et non par rapport au livre mais bien par rapport au film. Une envie de coller au classique de Warner mais sans, finalement, proposer quelque chose de neuf. La série transpose ou étend encore et encore des éléments qui étaient d’une grande perfection et efficacité dans le film : la relation entre Mildred et Veda, la définition du rôle de la femme dans la société, et toutes les subtilités esthétiques qui placaient le film dans une catégorie indéfinissable entre mélodrame et film noir. Entre un film et un roman, la série est néanmoins un cas passionnant pour qui veut s’intéresser aux diverses facons de conter une histoire et de s’adapter aux mediums 🙂

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