Notes pour une histoire de guerre : « La ville fut florissante, puis en ruine »

Les ados font la guerre

Giuliano, Christian et P’tit killer, des gamins de 17 ans amis depuis toujours, voient leur village anéanti sous l’effet des bombes. Ayant tout perdu, ils décident de survivre en vendant ce qu’ils parviennent à trouver. Ils décident de refourguer le matos à la bande de Félix et de ses potes, des miliciens avec lesquels ils commenceront à faire des affaires.

P’tit killer attire la sympathie de Félix, le chef, qui le prend sous son aile. Il devient alors le chef de Giuliano et Christian. Il gère leurs missions, leur donne des ordres, et devient un vrai caïd. Giuliano fait souvent le même rêve : ses amis n’ont pas de tête et lui reprochent de ne pas être comme eux, d’avoir vécu dans une famille bienveillante, alors que Christian et P’tit killer, eux, sont seuls, différents de lui.

La force du témoignage de guerre par ses rescapés

Douze ans après sa sortie, les éditions Futuropolis rééditent Notes pour une histoire de guerre, cette bande dessinée en noir et blanc de Gipi qui reçoit à l’époque le Grand Prix du festival d’Angoulême.

La préface que l’auteur signe nous indique l’état d’esprit dans lequel il se trouvait à l’époque: il venait de perdre son père, ne trouvait aucune qualité à son récit, et fut le premier étonné de recevoir ce prix tant convoité. Sa vie a alors changé : argent, beaux restaurants, hôtels luxueux. Sa vie prenait un tournant auquel il ne s’attendait absolument pas. Cette préface sous forme d’aveu nous détaille les conditions d’écriture de Notes pour une histoire de guerre, et nous dévoile même avant sa lecture le monde tout en finesse, en délicatesse et en ambivalences de Gipi.

Plutôt qu’une bande dessinée, Notes pour une histoire de guerre se raconte sous forme de roman graphique. Le trait est fin, sans couleurs, allié à des décors aux aquarelles grises.

La narration traduit de la force du témoignage de la guerre par ses rescapés, par les thématiques de la liberté et du choix individuel, que Giuliano incarne, lui qui se questionne tout au long du roman et remet ses choix, ainsi que ceux de ses amis, en perspective. Gipi aborde également les questions de l’origine sociale, du besoin de se sentir aimé, protégé, et accepté par une communauté qui nous ressemble.

Le discours est poignant, sérieux, sans pour autant se faire lourd. Un roman graphique pour adultes que l’on se doit de saluer par la force de sa narration et de son trait.

Copyright Futuropolis 2018, Gipi 2017
Copyright Futuropolis 2018, Gipi 2017

[usr 4]Gipi, Notes pour une histoire de guerre, Futuropolis, 2018, 144 p., 23 EUR

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Aurore, jeune trentenaire bruxelloise, vous fait partager ses pérégrinations littéraires, qu'il s'agisse de romans, de romans graphiques ou de BDs

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