Only God Forgives

A Bangkok, Julian (Ryan Gosling) dirige un club de boxe thaïlandaise avec son frère Billy. Quand ce dernier viole et tue une jeune prostituée, le policier qui arrive sur les lieux, en parfait justicier dont on ignore les motivations, laisse le père de la victime se venger et tuer le coupable. La mère de Julian et Billy (Kristin Scott Thomas), débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils aîné. Ivre de rage et assoiffée de vengeance, elle exige de Julian la tête du meurtrier, ainsi que celle du policier qui a laissé son fils se faire tuer. Dès lors, une chasse acharnée et sans merci s’engage entre les deux camps.

Avant d’aller voir un film de Nicolas Winding Refn, sachez que la violence est sa marque de fabrique. Seul Drive se démarque du lot, proposant un peu de sentiments dans un monde de brutes, une histoire d’amour et des scènes lumineuses. Je soupçonne d’ailleurs ce réalisateur d’avoir magistralement orchestré son coup médiatique. Avec le succès de Drive, il s’est octroyé l’attention de ses pairs, lui permettant d’introduire sur le devant de la scène le cinéma qu’il aime vraiment faire et qu’il maîtrise sur le bout des doigts.

Only God Forgives est l’opposé crasseux de Drive. Le jour ne se lève jamais dans les rues sombres de la capitale thaïlandaise, c’est noir, sanglant et dénué de bons sentiments. Heureusement, je savais à quoi m’attendre avant d’entrer dans la salle, contrairement aux deux quinquagénaires assises derrière moi, qui n’avaient vraisemblablement pas anticipé la portée machiavélique du film. Oui, car si Dieu pardonne, Satan n’est pas très loin. Elles ont donc ponctué ma séance de soupirs exaspérés et de commentaires offusqués à chaque goutte de sang versée, c’est-à-dire tout au long du film. Car la violence est constante. Pas d’effet de gradation, pas d’apothéose finale. Avec Winding Refn, le bouquet finale, c’est chaque scène. Décapitation, tranchage d’un ventre en deux sous les yeux d’un enfant, plantage de piques dans les bras, dans les yeux, et dans les oreilles.

« C’est quoi ce film ? » soupir exaspéré, un rang derrière. Kristin Scott Thomas est absolument méconnaissable dans son rôle de mère castratrice, obsédée par la violence. C’est d’ailleurs le personnage le plus travaillé, au passage la seule figure féminine qui n’est pas une putain, et qui évolue avec assurance dans une ville où la prostitution semble l’unique destin des femmes. Ryan Gosling est quant à lui un fils soumis aux ordres de sa mère, muet, nerveux et violent, qui n’hésite pas à enfoncer ses doigts au fond de la gorge d’un homme pour le traîner par terre. « Il est fou lui ! » soupir exaspéré. C’est cependant un personnage consistant, dont on entrevoit le passé douloureux, et le seul pourvu d’une once d’humanité. Même le policier justicier, défenseur de la cause féminine et protecteur des prostituées, est une vraie machine à torturer.

« Quelle horreur », soupir exaspéré. L’origine de la cruauté des personnages est cependant peu claire et le prétexte initial de la vengeance matriarcale un peu faible (n’oublions pas que le fiston a littéralement saccagé le corps d’une jeune fille. « Mon dieu » soupir exaspéré). Ce n’est pas le meilleur film de Nicolas Winding Refn, mais sa meilleure signature de réalisateur, comparable à Valhalla Rising ou Branson, deux de ses précédents films, marqués eux-aussi par une cruauté travaillée et une quasi-absence de paroles. Pour les amateurs de films sanglants, c’est un must-see. Pour les autres, il ne faudrait pas que la violence discrédite une mise en scène affûtée, cinglante et esthétique, portée par une musique électronico-bobo efficace. C’est violent mais c’est très beau, et c’est ce qui fait le génie de Nicolas Winding Refn.

Marlene

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