Patients: un film drôle et touchant sur le handicap

Le 1er mars sortira sur les écrans le film Patients, adapté du récit autobiographique de Grand Corps Malade (paru en 2012, le livre a été vendu à 200 000 exemplaires). Il vient de remporter la Salamandre d’Or (Meilleur film) au festival de Sarlat, le prix des Lycéens et le prix d’interprétation à titre collectif pour les acteurs du film. Et ce n’est que le début pour ce film résolument vivant et humain sur le handicap dont on n’a pas fini d’entendre parler !

Ben a 20 ans et toute la vie devant lui mais un jour, suite à un grave accident, la vie le rappelle à l’ordre et il devient tétraplégique.

C’est entouré de tétraplégiques, paraplégiques, traumatisés crâniens et autres grands brûlés, au sein du centre de rééducation que Ben doit accepter de ne plus rien pouvoir faire seul et savoir être patient, car un bon patient sait patienter. Il va devoir ainsi réinventer sa vie, rêver d’un autre avenir et composer avec celui qui est désormais devenu son inséparable compagnon, le handicap.

Comme le livre, Grand Corps Malade, qui réalise le film, évite la simple autobiographie pour nous raconter non pas son histoire mais plutôt des histoires qui se croisent et se décroisent. Patient parmi les autres, Fabien Marsaud – véritable nom du slameur – évoque le parcours du combattant de milliers de jeunes qui chaque année se retrouvent brisés.

Formidable leçon de vie et de courage, le film, sans tabou, se consacre à ces « cabossés de la vie »: des camarades de chambres (ou de galère) aux colocataires d’infortune pour qui l’ordinaire (se laver, s’habiller, changer de chaîne ou manger) est devenu une galère.

On aurait pu craindre l’apitoiement; c’est au contraire un film poétique, incisif et drôle car pour Grand Corps Malade, la rééducation passe avant tout par les mots, l’humour, l’amour et l’optimisme.

Si le film se passe entièrement en huis-clos, à l’intérieur du centre de rééducation (celui de Coubert en Seine-et-Marne oū Grand corps Malade a réellement passé  un an de sa vie), c’est la vie, l’aventure et l’humour malgré tout qui dominent.

On y découvre un monde méconnu, celui des non-valides, du corps médical, des séances de rééducation et des soins quotidiens mais aussi les péripéties truculentes et cocasses des patients. Dans les couloirs, les cantines ou les chambres c’est la vie et l’amitié qui (re)prend le dessus.

C’est au contraire, dans une ambiance proche de la colonie de vacances (avant son accident, le slameur était animateur de colonies de vacances pour la ville de Saint-Denis) que nous prenons plaisir à suivre Ben, Farid, Steve, Fred, Toussaint et Samia, cette bande de potes pleins d’espoir qui ont fait de l’humour une arme face aux rêves brisés et aux déprimes du quotidien.

L’humour est dans les situations les plus incongrues comme ce célèbre programme de téléachat diffusé  (ou plutôt imposé, faute de pouvoir changer de chaîne)  pendant 3h non-stop, vantant les mérites d’une ceinture abdominale ou d’autres produits impossibles pour eux d’utiliser.

La réussite du film tient aussi à ses comédiens authentiques:  de Pablo Pauly qui incarne Ben (si vous ne le connaissez pas, vous ne l’oublierez pas!) à Soufiane Guerrab, Nailia Harzoune ou le rappeur Sam’s (Moussa Mansaly), ils forment tous une joyeuse et sympathique bande.

Bouleversant sans être pathos, Patients est une véritable leçon de vie et de courage réalisé par ce grand jeune homme d’1m94 devenu le roi du slam,  co-réalisé avec son fidèle clippeur, Mehdi Idir.

Un film bienveillant et essentiel qui interroge notre regard sur le handicap et nos a priori pour ne pas oublier que derrière chaque handicapé il y a un être humain.
Pour ceux qui ont aimé le livre et ceux qui croient en la vie.

Au cinéma le 1er mars.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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