La planète bleue est-elle si bleue?

Glass of water spilled into shape of world map

« Terre en vue ! », s’écriait jadis le marin qui, du haut de son mat, guettait la moindre parcelle de territoire solide à l’horizon…

Aujourd’hui, bien qu’on ait de plus en plus tendance à voyager en s’envoyant en l’air (au sens propre du terme, bien sûr), l’eau, cette force impénétrable, s’étend encore et toujours à perte de vue, nous donnant cette factice impression d’infinie abondance.

De sorte que certains tombent des nues lorsqu’on leur parle de potentielle pénurie: « Manquer d’eau ? Comment pourrait-on ? Vous avez remarqué la quantité astronomique d’eau dont notre chère Terre est recouverte? « 

Oui mais non. Il ne suffit pas d’avoir des océans à tous les coins de continents pour avoir la quantité d’eau nécessaire au bon fonctionnement des êtres vivants concentrés (comme les tomates) sur cette charmante planète. Bah oui, pas de bol, l’eau potable et l’eau de mer, c’est un peu comme les pommes et les poires, on ne les additionne pas. 

Bon, tout ça, vous le saviez déjà, n’est-ce pas? Ou, du moins, si vous n’y pensez quasiment jamais, vous vous en doutiez ! Après tout, tout le monde a déjà bu de l’eau salée, non seulement c’est pas très bon mais en plus, question (ré)hydratation, on repassera, hein. Jusque là, (j’espère que) je ne vous apprends rien.

De même, vous dire qu’on manque évidemment plus d’eau potable dans les pays chauds et en voie de développement que sur notre territoire pluvieux d’Occidentaux – qui ont probablement plus de chance de mourir noyés dans leur piscine ou d’hyperhydratation* que d’un manque d’eau – serait tout aussi inutile que de vous dire que la terre est ronde.

Ce dont on parle un peu moins, cependant, ce sont les raisons pour lesquelles nous risquons d’arriver, un jour pas si lointain, à manquer d’eau. Ce qu’on n’aborde pas trop, ce sont les enjeux politiques liés à l’eau. Ce qu’on a tendance à oblitérer, c’est la consommation excessive qu’on fait tous au quotidien. Et puis, ce qu’on a tendance à omettre, c’est aussi et surtout notre consommation « cachée ».

Tiens, tout d’un coup, j’en vois  – enfin, j’en imagine serait plus correct – certains qui haussent les sourcils. Comment ça, la consommation cachée? Celle qu’on fait à l’abri des regards et qu’on n’ose pas admettre? Celle qu’on fait quand on part à l’étranger?  Dans ce monde hyperglobalisé, comment pourrait-on cacher une quelconque consommation de quoi que ce soit? Ça va à l’encontre de tous fondements capitalistes, non? Pour produire plus, il faut connaître dans les moindres détails la consommation de chacun, après tout…

Eh bien, la consommation cachée, ou consommation virtuelle, n’est rien d’autre que l’eau nécessaire pour fabriquer les produits que nous utilisons ou consommons quotidiennement. Et dans dans cette belle partie monde où la surconsommation n’est que normalité, je vous assure que de l’eau virtuelle, on en consomme un paquet !

Vous n’êtes pas convaincus? Vous ne visualisez pas trop ce que ça signifie? Laissez-moi vous expliquer:

En Belgique, un citoyen consomme en moyenne 120 litres d’eau par jour (14% pour la lessive,7% pour la vaisselle, 6.5% de consommations diverses (jardin, voiture, nettoyage) et 2.5% pour boire et cuisiner)**. Outre notre aberrante consommation d’eau potable pour des activités qui n’en requièrent pas, cette estimation ne prend pas en compte l’eau nécessaire à l’élaboration, par exemple, des aliments que vous avez cuisinés.

Ainsi, si vous avez consommé sur la journée, disons : une tasse de café, une baguette de 300g, 100g de chocolat le matin, 1 hamburger avec un coca de 50 cl à midi  et une part de pizza de 125g avec un verre de bière de 250 ml le soir (oui, nous gageons tout sur votre alimentation saine et variée), vous aurez consommé pas moins de 4700,5 litres d’eau virtuelle***. Soit 39 fois plus que votre consommation « primaire » d’européen au cul tellement bordé de nouilles qu’il n’a aucun scrupule à uriner dans de l’eau propre à la consommation…

Bon, soyons francs, je ne vais pas vous demander d’arrêter de manger pizzas et hamburger à tous les repas en faveur de la sacro-sainte eau qui viendra à manquer si vous continuez à avoir une alimentation déplorable. Non. Ce qui importe ici, plus encore que le phénomène de conscientisation et de remise en question de nos habitudes de consommation, c’est notre rapport à l’information…

C’est-à-dire? Tout simplement qu’après lecture de ce texte, quatre questions semblent, à mon sens, judicieuses à se poser:

1) Comment se fait-il qu’on me parle tous les jours de terrorisme mais pas de ma consommation d’eau virtuelle qui participe à la création d’un stress hydrique**** guettant notre planète d’ici une grosse quinzaine d’années ?

2) Ceci n’étant qu’un rapide aperçu, vais-je de moi-même essayer d’en savoir plus sur la question? Comment?

3) Si oui, que suis-je vraiment prêt, après information et réflexion, à faire comme geste (potentiellement petit mais bien réel) pour apporter ma pierre à cet utopique mais nécessaire monde meilleur qu’on aimerait tous offrir à nos enfants ?

4) Et puis surtout : que ne suis-je vraiment « pas prêt » à faire? Et pourquoi?… Pour quoi ?

* Si, si, c’est possible, voyez plutôt
** http://h2oweb.be/consommation
*** chiffres basés sur des recherches faites par la CNAPD pour une animation sur l’eau virtuelle.
**** Et parce que j’ai la flemme, merci Wikipédia !

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