Ramdam, le Collectif qui affiche la couleur au Théâtre National

Les premières minutes de Buzz du Ramdam Collectif donnent des sueurs froides, lorsque, perché sur un caddie Colruyt, un homme en tutu déclame une prose empesée et ronflante à un second, affublé de moon-boots, d’une pelisse et d’un slip, plus occupé à filmer la scène en go-pro qu’à interagir avec son semblable tandis qu’un troisième homme s’agite comme un forcené aux manettes d’une platine sur le côté de la scène et que deux biches copulent en arrière-plan. Oui oui, imaginez-vous bien la scène.

Et lorsqu’on réalise qu’on est entouré d’une marée humaine d’adolescents hystériques, on se dit que la soirée sera vraiment longue quand toute cette génération d’hyper-connectés aura décroché – elle finira par le faire, on le sait bien – et sera donc occupée à piailler, tchater ou ricaner comme des oies et qu’il faudra que nous patientions poliment jusqu’à la tombée du rideau, en petits bourgeois bien élevés que nous sommes.

Buzz 3

Et c’est juste au moment où l’on commence à abdiquer, à accepter le probable échec de la soirée, que l’on se rend compte que Cédric Coomans, Jerôme Degée et Jean-Baptiste Szezot s’amusent. Ils prêchent le faux pour dire le vrai, nous font prendre des vessies pour des lanternes, se moquent de nous, et d’eux aussi.

Tout au long de ce spectacle décoiffant, le trio se révèle vif, inventif, incisif, jamais là où on l’attendait vraiment. Avec une fausse naïveté et une fougue désarmante, le Collectif questionne les codes : ceux du théâtre, que l’on dit déclinant, vieilli, élitiste, pédant, et ceux du monde connecté, de la toile, du BUZZ.

Buzz 2

Si le théâtre doit être modernisé, que faut-il privilégier : le sens ou l’importance ? Les trois comédiens-consultants se proposent d’y réfléchir en nous invitant à une conférence déjantée. Ils se lancent avec une énergie et un à-propos décoiffant dans une démonstration complètement délirante des quatre meilleures options pour rendre le théâtre compétitif, en convoquant tout à trac Charles Michel, Chris Crocker et son célèbre « Leave Britney Alone », Stromae, Jesus, Facebook, Gangnam Style, un Harley Shake participatif et la fée électricité.

C’est grisant, drôle, pertinent, et d’un cynisme chirurgical : le Ramdam a ici accouché d’une pépite. Le Collectif porte tellement bien son nom que le raffut lors de la première au Théâtre National était grandiose. Courrez-y (et likez-les sur les réseaux sociaux!)

Buzz

Du 01 au 05/12/2015 au Théatre National

Création de Cédric Coomans, Jerôme Degée, Julie Remacle, Jean-Baptiste Szezot

Avec Cédric Coomans, Jerôme Degée, Jean-Baptiste Szezot

Tarifs : de 11€ à 20 €

Durée du spectacle : 60’

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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