Séducteurs de rue

Paru simultanément avec Turbulences, Séducteurs de rue est le dernier album publié dans la collection Sociorama, chez Casterman. L’objectif de cette collection est de baser les histoires qu’elle met en cases sur des enquêtes sociologiques qui ont, la plupart du temps, débouché sur un livre en présentant les résultats. En s’en emparant pour réaliser des bandes dessinées, les auteurs de ces dernières permettent aux curieux d’accéder à ces résultats de façon agréable, tandis que leurs histoires s’enrichissent d’extraits de la réalité sociale, jusqu’à les rendre on ne peut plus crédibles.

Après trois premiers albums consacrés à des milieux professionnels (de la pornographie, du bâtiment et de l’aviation ; un peu de tout, donc), voici un album qui s’intéresse à la drague, et à un mouvement qui s’est créé autour de la drague, une communauté d’hommes cherchant à apprendre le « game » afin de devenir des séducteurs hors pairs. Sur base d’une recherche de Mélanie Gourarier, Léon Maret a scénarisé et dessiné cet album en noir et blanc, après avoir déjà publié plusieurs bandes dessinées et un album jeunesse, Le chien dans la botte (chez Albin Michel).

Séducteurs de rue - Extrait - Page 20Séducteurs de rue débute avec une tentative de drague sincère, mais stressée et maladroite, semblant dès lors devenir inévitablement étrange et ratée, ce qui fait fuir Jade, la jeune femme convoitée par Sacha. Il faut dire qu’il est, sans être encore capable de le comprendre, un « mec frustré de base ». Sous le charme d’une fille, il ne voit plus qu’elle, pense directement qu’elle est la femme de sa vie et perd du coup tous ses moyens. Détruit par cet échec sentimental dès les prémisses de la rencontre avec Jade, il cherche des réponses sur Internet et découvre des forums où des hommes racontent leurs conquêtes. Ils y ont développé tout un code utilisé pour séduire les femmes, avec succès et de façon quasiment mécanique. Pour apprendre à attraper des « proies », Sacha se paie un coach, qui va l’aider à devenir un « pick up artist » et à gagner en confiance en lui… quitte à y laisser une partie de lui-même ? Il rejoint un groupe de jeunes hommes avec qui il se met à draguer les femmes, autant que possible, et si possible plus encore, en utilisant des techniques rodées et un jargon transmis entre pairs.

Cette plongée dans le monde de ces séducteurs fait assez froid dans le dos. Les hommes dépeints dans cette histoire cherchent à enchaîner les conquêtes, en les manipulant au passage, par la parole, par le toucher ou par la mise en place de scénarios avec des complices. Cette activité semble principalement servir à se rassurer sur sa propre valeur et sur son sex appeal, entre hommes, à obtenir de ses (nouveaux) potes la reconnaissance de sa transformation en un homme viril et fatal ; un véritable mâle, en somme, s’affichant comme tel.

Séducteurs de rue - Extrait - Page 41Avec des influences de mangas assumées, les dessins de Léon Maret mettent en avant les émotions et les sentiments ambivalents des personnages, créant une atmosphère prenante mais changeante, suscitant des réactions allant de la fascination au dégoût, en passant par l’indifférence, vis-à-vis du destin de ces personnages en quête d’eux-mêmes. Si ces dessins ne sont pas les plus réussis depuis le démarrage de la collection au début de l’année 2016, ils illustrent malgré tout l’histoire de façon convaincante et en amènent bien les éléments.

Au final, cet album permet une plongée dans un monde à nouveau méconnu de ceux qui n’y évoluent pas, il permet d’en comprendre les codes et les enjeux, le tout avec humour. Détente et compréhension du monde qui nous entoure sont à nouveau au rendez-vous et confirment tout l’intérêt de la collection Sociorama, qui voit se succéder différents genres de bandes dessinées, sans déroger pour autant à son objectif de marier la fiction à des résultats d’analyses scrupuleuses du réel.

Séducteurs de rue, de Léon Maret, Mélanie Gourarier, Casterman, collection Sociorama, 12 €, 168 p. ISBN : 9782203095274.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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