Ce sentiment de l’été

Sorti en salle à la mi-février, Ce sentiment de l’été est un film ensoleillé et imprégné de joie de vivre, malgré le fait que le deuil en soit la thématique principale. Très rapidement, dès les premières minutes du film, âgée d’à peine 30 ans, Sasha, interprétée par Stéphanie Déhel, décède, en une fraction de seconde. Le spectateur n’aura pas réellement pu faire sa connaissance, ni ne l’aura entendue parler, mais il va apprendre à la connaître par d’autres ; autant d’informations – fragmentées – qui viendront se greffer sur ces quelques images d’elle, débutant une journée d’été comme tant d’autres. Lawrence, son amoureux, se retrouve seul, effondré, mais il partage cette épreuve avec les autres proches de Sasha, ses parents, mais aussi sa sœur, Zoé. Cela les conduit à se découvrir mutuellement et à apprendre à mieux se connaître tout en renforçant les liens qui les unissent. Zoé, mère et épouse, et Lawrence se remémorent leurs souvenirs avec l’être aimé disparu trop tôt et se rapprochent au fil de discussions, d’émotions et de moments partagés. Le plaisir de partager cette complicité naissante les amène à garder contact et à se revoir, malgré la distance, dans une histoire à cheval entre Berlin (où vivaient Sasha et Lawrence), Paris (où vit Zoé), Annecy (chez les parents de Sasha et Zoé) et New York (où est parti Lawrence), où le temps passe, trois étés se succédant.

Le deuil est une épreuve, source d’une douleur profonde, mais aussi une opportunité pour se (re)construire et prendre un nouveau départ. Outre les souvenirs, les émotions et les relations, ce film met en scène, avec une finesse certaine, de nombreux lieux et autant d’ambiances, sonores et visuelles. Si Ce sentiment de l’été est un film sensible et touchant, c’est surtout un beau film, à l’esthétique remarquable. Le réalisateur français Mikhaël Hers réalise ici son deuxième long métrage, après Memory Lane, en 2010, et plusieurs courts et moyens métrages. Il traite d’un sujet grave avec finesse et une certaine légèreté comme seuls les moments empreints de gravité peuvent en produire. Parfois, à force de tirer sur la corde, le film semble se perdre dans sa recherche de belles images et de profondeur, ce qui peut conduire à une esthétique de l’ennui avec laquelle doit composer le spectateur. Le choix de métropoles vues et revues, qui enchantent pour cette raison, peuvent aussi, pour cette même raison, laisser un sentiment amer, celui d’un rendez-vous raté avec de possibles surprises et découvertes supplémentaires. L’été habite des sentiments, multiples, mais les nourrit et les abrite également, leur faisant d’une certaine façon écho et leur donnant un espace où grandir.

Ce sentiment de l'été © Nord Ouest Films
© Nord Ouest Films

Zoé, que Judith Chemla interprète, et Lawrence, joué par Anders Danielsen Lie, incarnent avec talent des personnages dotés d’une réelle épaisseur existentielle et engagés dans un face-à-face où ils sont tout sauf seuls, ne serait-ce que de par leurs souvenirs (partagés, en partie) de la disparue. Ce film sur le deuil est aussi un magnifique film sur la vie, qui ne s’arrête pas malgré le choc. Le monde continue de tourner et chacun, à sa façon, doit essayer de s’y trouver une nouvelle place. Les personnages s’habituent progressivement à la nouvelle réalité, expriment leurs émotions de façon silencieuse la plupart du temps, mais tellement saisissante malgré tout. Ce qui ne se donne pas à voir de façon manifeste peut cependant exister avec force et transparaît ici dans le jeu des acteurs, qui communiquent remarquablement : par des gestes, des regards, des attitudes,… Ce film, qui a obtenu, non sans raison, le Grand Prix du Jury, du Festival international du film indépendant de Bordeaux 2015, est riche en émotions, d’autant plus fortes et touchantes pour le spectateur qu’elles se révèlent par la douceur et le silence plutôt que par les cris ou une agitation brutale. Quant aux images, elles sont colorées et lumineuses, d’autant plus que le choix de filmer en 16 mm souligne intensément ce sentiment de l’été…

© Nord Ouest Films
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Ce sentiment de l’été, de Mikhaël Hers, avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla,… 106 min.

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