Un siècle de mensonges – Jean-Louis Aerts

Un siècle de mensonges est le premier roman de Jean-Louis Aerts. Ce « jeune » auteur, qui enseigne déjà depuis plus d’un quart de siècle dans une école secondaire bruxelloise, est un acharné de la transmission : du goût pour la lecture (en tant que responsable de la bibliothèque de son école), des matières qu’il enseigne, mais aussi de fiction, à travers le théâtre, des nouvelles et contes qu’il a déjà écrits par le passé et, désormais, un roman. Cet art de la transmission qui anime Jean-Louis Aerts se révèle aussi dans un roman généreux, à la fois assez dur mais optimiste, triste mais joyeux, énergique mais posé.

Pour celui qui est avant tout un passionné d’écriture, un écrivain par passion, la narration semble devoir prendre un rythme, rapide, soutenu (évidemment c’est un thriller), mais aussi s’accorder des moments pour souffler, pour amener le lecteur à sourire, pour raconter une blague et permettre de relâcher la pression. Cette façon d’écrire sans se prendre au sérieux fait du bien au lecteur, qui se laisse porter par l’histoire de gaieté de cœur.

C’est avec le cœur, justement, que l’auteur livre une intrigue riche en rebondissements, un thriller honnête et surprenant, où les personnages semblent prendre une forme réelle ; complets, ils sont pris dans leurs doutes et leurs croyances, dans des quêtes diverses et variées, dans des amitiés et des relations – avec tout ce que cela implique comme difficultés, mais aussi comme ressources. Cependant, ces personnages sont loin d’être des héros ou des méchants typés et unidimensionnels, ils ont une importante part de normalité, d’humanité, de réalité. Ce ne sont pas que des personnages ; ce sont des versions possibles de nous, dans des circonstances données – auxquelles, espérons-le, nous n’aurons jamais à nous confronter.

Jean-Louis Aerts : « Un siècle de mensonges »

Cet ancrage dans la réalité et dans la spatialité est mis à l’honneur. Bruxelles, mais aussi New York, l’Italie et la Wallonie semblent être autant de scènes faites sur mesure, auxquelles s’adjoint une part de folie, d’indécision et d’humour sans prétention, dans le bon sens du terme, positif, généreux. Au cœur de l’intrigue se trouve Marylou, une jeune trentenaire et journaliste, qui travaille pour un quotidien belge à Bruxelles. Elle apprend qu’elle est sur la sellette, que des coupes budgétaires vont conduire à une réduction du personnel, et, heureusement, décroche dans la foulée un contrat pour écrire la biographie d’un millionnaire américain. C’est plutôt une bonne affaire financièrement, mais les choses vont rapidement se compliquer. En effet, les intentions de son nouvel employeur sont tout sauf transparentes et Marylou devra mener une enquête qui ne tardera pas à être personnelle, sous une pression grandissante. Tic tac, tic tac, l’horloge tourne.

Si certains auteurs ont tendance à livrer des textes très noirs, voire trop noirs, d’autres n’arrivent pas à donner la moindre épaisseur à leur histoire, ou à y placer la moindre tension suffisamment crédible. Jean-Louis Aerts arrive à combiner ces deux forces dans ce premier roman de bonne facture. De la même manière qu’un des personnages principaux s’avère être un manipulateur, dans le sens qu’il conduit les autres dans la direction qu’il choisit pour eux, l’auteur manipule le lecteur avec doigté, l’amenant à découvrir, mensonge après mensonge, un fil narratif tendu en toute cohérence sur près de 400 pages et à travers le vingtième siècle, avec ce qu’il faut de complexité pour embarquer le lecteur, tout en étant également écrit dans un langage accessible.

Si le livre est épais, le texte est aéré, par de nombreux dialogues notamment, et le tout se lit d’une traite. Un thriller efficace, donc, bien documenté et qui ose une intrigue inscrite dans le temps long. Dans une interview télévisée, Jean-Louis Aerts affirme « On écrit ce qu’on a envie de lire… ». Le lecteur, lui, choisit ses lectures un peu au hasard. Il est donc d’autant plus heureux lorsque cela lui permet de faire une belle découverte !

Un siècle de mensonges, par Jean-Louis Aerts, chez 180° éditions, 384 p., 19 €. ISBN : 978-2-930427-72-0.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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