Simon et Avril donnent vie à Confidences à Allah

Dix ans après sa sortie, Confidences à Allah de Saphia Azzeddine refait parler de lui en s’offrant une version en bande dessinée signée Eddy Simon (dont nous avions déjà parlé, il y a quelques jours pour Chaque soir à onze heures) et émerveillée par les dessins très séduisants de la jeune Marie Avril. Une histoire de poids qu’il est bon de relire car elle questionne le rapport à Allah, ou à Dieu (quel que soit le nom qu’on lui donne). Et, par les temps qui courent, c’est tellement important.Confidences à Allah - Azzeddine-Simon-Avril-Futuropolis - Répudiation

Jbara a seize ans. Elle est recluse dans un village marocain mortifère et vit sous la coupe de son père. Jbara ne connaît rien du monde qui l’entoure. Jbara, elle est éprise de liberté. Liberté de penser que Dieu est un ami qu’elle respecte mais auquel elle ne se subordonne pas. Liberté des corps aussi, quand elle accepte, pour une poignée de Raibi Jamila (ces berlingots de boissons lactées pour lesquels elle se damnerait), de faire l’amour à Miloud, un paysan d’un bled à 50km de là. Un crime? Seulement si elle perd sa virginité. Mais Miloud lui a dit « qu’on était définitivement plus vierge quand on perdait tous ses poils du bas ».

Confidences à Allah - Azzeddine-Simon-Avril-Futuropolis - Répudiation 2

Et « sa touffe », Jbara la voit fleurissante. Jbara, elle est insouciante, elle n’a pas envie de se voiler, ni même de faire sa prière à intervalles fixes. Et quand elle tombe enceinte, la gamine aux yeux verts comprend qu’elle n’est plus vierge et c’est à coups de bâton qu’elle est chassée du village, en « fille du diable ». Arrivée en ville et sacrifiant l’enfant, c’est en prostituée qu’elle va gagner sa vie, toujours en prenant soin de remercier… Allah!

Confidences à Allah - Azzeddine-Simon-Avril-Futuropolis - danseuse

C’est le moins qu’on puisse dire, avec cette très belle adaptation BD, le roman monologué de Saphia Azzeddine prend des couleurs. L’ensemble aurait pu être cru, mais le travail autant scénaristique que dessiné rend cette « descente aux enfers » qui n’en est pas vraiment une, attirante et passionnante, graphiquement splendide. Eddy Simon a réussi à tirer l’essentiel du propos de Saphia Azzeddine, propos si actuel. Si la majorité de la narration est, comme dans le roman initial, constituée d’un monologue, le découpage et le dessin somptueux de Marie Avril contribuent à ne pas se lasser de ce récit à la première personne. Les thèmes abordés ne sont pas simples mais sortent renforcés par le trait très vivant et animé de la jeune dessinatrice.

Confidences à Allah - Azzeddine-Simon-Avril-Futuropolis - Bus

Et quand, en plus, ces confidences ne font qu’aborder une autre relation à Allah que celle de l’extrémisme et du suivi scrupuleux d’un chemin tout tracé par des lois et des fondements religieux, on ne peut qu’approuver. Confidences à Allah est fort et vivifiant, véritable quête inexorable de liberté dans un monde archaïque où la soumission est de rigueur et tout se conditionne au haram, l’interdit. Voilà une bande dessinée sans voile et sans pudeur, réaliste et porteur d’un message, absolument incontournable et tombant plus qu’à pic.

Confidences à Allah, d’après le roman de Saphia Azzeddine, Eddy Simon et Marie Avril, Futuropolis, 86p., 18€

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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