Mais que font donc ces soldats dans nos rues?

Ils sont grands, ils sont fiers, ne sentent pas bon le sable chaud mais arborent fièrement leur technologie « Made in Herstal », nos militaires. A faire le pied de grue depuis plusieurs mois devant les bâtiments sensibles de la capitale, d’Anvers et de Liège, ils se fondent peu à peu dans le paysage bucolique de nos rues embouteillées alors que leur présence n’y est requise qu’en cas de menaces graves et imminentes contre l’ordre public (et le 21 juillet bien entendu, mais avec des armes en plastique). Quels sont donc ces dangers graves et (pas si) imminents qui nous menacent depuis plus de quatre mois?

A bien chercher, il semble que ce déploiement de nos forces armées tienne plus de l’opération de communication d’un gouvernement volontiers démagogue pour plaire au bourgeois et à sa ménagère qu’à une opération vitale pour notre sécurité collective. Une opération dès lors inutile en plus de coûter beaucoup d’argent (plus de 600.000€ pour les deux premières semaines de déploiement) au contribuable. Un comble pour un gouvernement qui a fait de la rigueur budgétaire son cheval de bataille. Cerise sur le gâteau, en délicatesse avec la légalité depuis son entame, ce déploiement a nettement franchi le cap de celle-ci depuis le 9 mars 2015. Inefficace, coûteux, anxiogène, illégal,…ça commence à faire beaucoup.

Petit retour en arrière.
Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et des événements de Verviers, l’OCAM (Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace) évalue le niveau de la menace à 3 (menaces possibles et vraisemblables), sur une échelle de 4, pour les institutions juives et les commissariats de police, tout en maintenant le niveau de menace général au niveau 2. Le gouvernement déclare pourtant le niveau 3 applicable à l’ensemble du territoire sans distinction. Toujours pas suffisant pour justifier la présence des militaires dans nos rues. Qu’à cela ne tienne, Steven Vandeput et Jan Jambon, tous deux membres de la NV-A, et respectivement Ministre de la Défense et Ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, enfilent leurs tabliers pour concocter un petit protocole d’accord qui doit régler juridiquement la présence des militaires. Soit, l’émotion collective facilite l’ingestion de ce menu peu engageant. Nous sommes alors le 17 janvier 2015.

Rue sans soldats - Culture Remains

La loi est très claire au sujet du niveau de menace : « L’OCAM décide et le gouvernement prend acte ». Ainsi, le 9 mars 2015, nous y voilà, l’OCAM réévalue la menace et rabaisse le niveau général à 2. De quoi renvoyer les militaires dans leurs casernes!? Négatif, mon colonel! Nos bidasses sont encore là. En toute illégalité.

Comment alors interpréter cette présence qui s’éternise en dehors de tout cadre légal, sinon en constatant que l’exception a tendance à devenir la norme. A quelle fin? A la lumière de l’obsession de Bart De Wever pour le déploiement de militaires dans les rues (après l’attentat du musée Juif et lors des blocages des…forains de la Sinksenfoor, Bart De Wever s’était vu refuser le soutien de l’armée), l’on peut légitiment se demander si dans l’esprit de certains personnes, notamment à la NV-A, l’armée ne pourrait pas servir de soutien à la police en cas de conflit social dur et/ou prolongé. La loi est très claire en ce qui concerne l’intervention « directe » de l’armée dans des situations de conflits de nature sociale ou politique. Elle ne l’est pas du tout en ce qui concerne l’intervention « indirecte », notion ouverte à interprétation. Quelle eut été la nature de l’intervention « indirecte » de l’armée, face aux forains anversois? On peut légitiment se poser la question.

Bref, les raisons pour souhaiter le retrait des militaires de nos rues sont nombreuses. C’est pourquoi quatre associations (La Ligue des droits de l’Homme, Liga voor mensenrechten, Vrede et La CNAPD), soutenues par Progress Lawyers Network, se sont associées autour du projet « Rue sans soldats », qui entend s’opposer de manière judiciaire à la présence des militaires par le dépôt d’une plainte auprès des Gouverneurs des Provinces, soit l’autorité de tutelle des bourgmestres, seuls, selon la loi, à pouvoir faire appel à l’armée concernée par le déploiement (Anvers, Liège et Bruxelles).

Pour soutenir leur action, ces quatre associations ont lancé un crowdfunding qui permet aux citoyens en désaccord avec cette présence militaire, de participer, pour 1500€, aux frais judiciaires qui s’élèvent à un total de 2500€.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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