Sorcières bien aimées au Théâtre des Martyrs

Le combat féministe, porté par Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler !, est souvent perçu comme dépassé, voire hors de propos dans nos sociétés démocratiques occidentales où le principe d’égalité entre les genres est considéré par beaucoup comme acquis.

Pourtant, si la situation des femmes et l’égalité homme/femme se sont largement améliorées au cours des dernières décennies, le droit des femmes reste un enjeu essentiel de la bataille de nos démocraties. Car le droit des femmes varie dans le temps. Il avance, il recule et se modifie au gré des cultures. Aujourd’hui, il doit se nourrir de l’Histoire et de l’histoire des femmes pour se poursuivre, et ne pas céder le terrain des acquis gagnés de haute lutte.

Christine Delmotte fait le pari d’une approche à la croisée des genres, entre travail documentaire et création théâtrale, pour dépasser les clichés éclusés sur les féministes barbues, lesbiennes, mal baisées, hystériques ou agressives, afin de mettre en lumière le chemin parcouru au XXème siècle. Faisant appel à la vidéo en temps réel dans une mise en scène ingénieuse permettant de créer des intervalles dans l’espace scénique, elle s’attache à trois moments précis du combat, les « trois vagues » : les suffragettes en Angleterre et leur lutte pour le droit de vote en 1913, les féministes en France pour le droit à l’avortement en 1971, et enfin les Femen contre l’autorité religieuse oppressive en Ukraine et Malala Yousafzai pour l’accès à l’éducation des filles au Pakistan en 2012, contre la barbarie des talibans.

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Les cinq comédiennes alternent les saynètes historiques donnant vie à Emmeline et Christabel Pankhurst, Malala Yousafzai ou portant le message du manifeste des 343, et la narration contemporaine qui permet de contextualiser et d’argumenter les luttes. Mues par une vivacité et une conviction sincères dont on ne doute pas, les cinq sorcières modernes peinent pourtant à dépasser la passion béate un peu surfaite que l’on associe souvent aux militants politiques, et manquent ainsi d’offrir à leurs personnages l’étoffe, la maturité et la crédibilité nécessaires pour définitivement asseoir leurs propos. Le parti pris ludique de l’écriture, pourtant nécessaire au théâtre militant, manque de subtilité, et se révèle parfois contre-productif en positionnant les personnages dans les clichés éculés du féminisme.

Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler ! offre toutefois un moment divertissant de qualité et une piqûre de rappel toujours utile sur les avancées de la lutte pour les droits des femmes, afin que la société de demain voie une égalité des genres non seulement dans les textes, mais également dans les faits. En bref : Sois belle et bas toi !

Nous sommes les petites filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler !

Jusqu’au 10 décembre 2016 au Théâtre des Martyrs

Ecriture, mise en scène et scénographie : Christine Delmotte

Avec : Sophie Barbi, Daphné D’Heur, Isabelle De Beir, Catherine Decrolier, Mathilde Rault.

Durée : 1h25

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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