Sprakeloos, Mon Ange : Flamands & Wallons au FIFA

Au Festival International du Film d’Amour de Mons, une nouvelle destination est mise à l’honneur chaque jour. C’est ainsi que le mercredi 15 février, je me suis retrouvée… En Belgique !

Dans une salle aux trois-quarts vide, j’ai vu Sprakeloos, de Hilde Van Mieghem. Adapté d’un roman autobiographique de Tom Lanoye, ce film flamand nous montre (d’un peu trop loin) comment la vie d’un auteur est bouleversée lorsque sa mère sombre doucement dans la démence après une crise d’apoplexie. L’histoire, bien que banale, n’est pas trop mal racontée, et quelques scènes ressortent clairement du film. Mais je n’ai rien vu d’autre que ce que je connais de ce genre d’histoires, de l’extérieur. J’ai caressé la surface, à quelques moments, on a agrippé ma main qu’on a plongée dans l’eau, pour quelques scènes très réussies… Mais à aucun moment je n’ai vu les profondeurs de ces instants de vie terribles de l’intérieur. A côté de ça, les acteurs sont extraordinaires – mention spéciale à Viviane De Muynck –, et leur performance vraiment remarquable balaie un peu ma déception. A noter aussi que le couple homosexuel est brillamment dépeint, amené le plus simplement du monde, sans chichis, sans qu’on ait l’impression, comme trop souvent, qu’il fallait une relation homo pour représenter quoi que ce soit.

Dans une salle pleine à craquer, j’ai vu Mon Ange, de Harry Cleven. Pour être exacte, j’ai d’abord vu Nicolas Bruyelle (programmateur du Plaza Art) se faire huer pendant qu’il tentait de dévoiler des moments clés de l’intrigue ( ?), laquelle se trouvait apparemment noir sur blanc dans le programme du FIFA et, après vérification, sur IMDB. Bon, c’est vrai que personnellement, je n’ai pas beaucoup de patience avec les gens qui veulent me raconter le milieu du livre alors que je fuis depuis toujours les quatrièmes de couverture… Cela dit, comme Nicolas a la fâcheuse habitude de ne pas répondre aux mails (visiblement, c’est une manie au Plaza Art comme au FIFA), beugler est peut-être la réaction normale de l’être humain qui a la chance de le voir en chair et en os.

Ensuite, j’ai vu un film de 90 minutes qui aurait pu faire un très beau court métrage de 8 minutes. C’est l’histoire de Louise, internée dans un hôpital psychiatrique parce que son mari magicien a disparu, elle donne naissance à Mon Ange (on en parle de ce nom de merde ou pas ?), qui est invisible. Il rencontre Madeleine, qui est aveugle, puis qui ne l’est plus, et ils s’aiment. FIN.

En même temps, comme l’intrigue ( ??) – pardon, le résumé – du film tient en cinq lignes, on s’étonne à peine du vide intersidéral dont on a été témoin. Alors oui, le pitch est original tout en étant cliché. Oui, ça attise la curiosité. Oui, il y a une certaine poésie. Oui, c’est mauvais. La salle comble s’est vidée au compte-gouttes pendant ces 90 longues minutes. Une mise en scène statique pour mieux contempler le néant : jamais le rien n’a pesé si lourd. Et alors, par pitié, la caméra qui part dans tous les sens pour suivre le point de vue de l’homme invisible dans les branchages : STOP. On est à Imagix ou au Grand Large à côté des fous furieux qui s’entraînent, palmes à l’appui, pour leur brevet ?! Une caméra subjective n’est pas obligée d’avoir la maladie de Parkinson pour être crédible.

La lumière est jolie, l’image est jolie, Madeleine (enfant, adolescente et adulte) est jolie… Mais il ne se passe rien. Sur le visage de Madeleine, pas grand-chose non plus, d’ailleurs. Sur ses seins, ça, oui. Ils pointent en gros plan quand des doigts et une bouche invisibles passent dessus. Son visage, lui, est quasiment impassible. Et que dire de la façon de parler des acteurs, qui chuchotent tous plus bas les uns que les autres, comme pour insuffler du mystère à cette intrigue ( ???) trop banale.

Pour un film d’1h30, le joli ne suffit pas. Et ce film est donc inutile. J’ai cherché en vain une réflexion, un sens, un début de proposition effleurée un instant par une réplique de Mon Ange (« Est-ce que se sentir exister, ça suffit pour exister ? ») mais du début à la fin, Mon Ange reste avare. Ce film est honteusement vide.

Atterrée, j’ai regardé le reste de la salle s’en aller pendant le générique de fin. Derrière moi, les commentaires ravis d’une fan de la jeune Maya Dory (Madeleine adolescente), qui n’en finissait pas de s’extasier sur la gamine, quelques « c’était beauuuu hein »… Et puis un hilarant : « Je ne sais pas qui a fait le film… C’était très mauuuvais ! » (accent borin à couper au couteau) d’une petite vieille peinant à descendre les escaliers. Stefan a lancé à ses amis sur son magnifique ton fataliste : « C’est ça, la différence entre les films flamands et les films wallons. », ce à quoi l’un d’entre eux a répondu : « le fait que les Wallons veulent juste faire “de l’art” ? ». Ahahah !

Moi j’étais juste en train de visualiser la scène de départ entre Harry Cleven et Jaco Van Dormael :

HC – Je voudrais faire un film avec trois jolies rousses et des seins.

JVD – Okay, voilà ton fric. Et je te donne ma fille en prime, elle fait de jolies images. »

Parce que oui, il faut le dire : la photographie de Juliette Van Dormael est magnifique.

Moralité : quand on n’a rien à dire, il vaut mieux fermer sa bouche.

Retrouvez le palmarès des films primés sur le site du FIFA.

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Dévoreuse de livres

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