Tel-Aviv on Fire, intelligence avec (l’)humour

« Une comédie palestino-israélienne à la Woody Allen », avec cette phrase d’accroche, la communication autour du nouveau film de Sameh Zoabi frappe fort. Faire référence au réalisateur new-yorkais, ça retient l’attention, mais c’est aussi courir le risque de ne pas soutenir la comparaison.

Salam, 30 ans, vit à Jérusalem. Il est palestinien et stagiaire sur le tournage de la série arabe à succès « Tel Aviv on Fire » ! Tous les matins, il traverse le même check-point pour aller travailler à Ramallah. Un jour, Salam se fait arrêter par Assi, un officier israélien dont l’épouse est fan de la série, et pour s’en sortir, il prétend en être le scénariste. Pris à son propre piège, Salam voit Assi exiger des modifications substantielles du scénario.

Sameh Zoabi, le réalisateur, s’est fait remarquer dès son premier long, Téléphone arabe, qui mettait déjà en lumière la communauté dont il fait partie : les arabes-israéliens, soit les citoyens israéliens dont les racines sont arabes. Ils sont les descendants des habitants arabes de la Palestine mandataire qui n’ont pas été déplacés à l’intérieur du nouvel état en 1948. Ils représentent environ 20 % des habitants d’Israël. La plupart sont musulmans, les autres sont chrétiens.
Ils ont les mêmes droits que n’importe quel citoyen israélien, mais subissent des discriminations qui sont régulièrement dénoncées. Tiraillés entre leur citoyenneté et leur origine, les arabes-israéliens cristallisent la complexité du conflit israélo-palestinien.

Sachant cette complexité et la sensibilité du sujet, associer humour et conflit israélo-palestinien était un pari risqué, mais Sameh Zoabi est manifestement convaincu par les vertus et la force de la comédie et a décidé de les appliquer au conflit proche-oriental. Il le fait avec un talent certain et beaucoup de finesse, proposant une œuvre d’apparence naïve, mais complexe dans son traitement.


Sans pour autant arracher des éclats de rire en cascade, Tel-Aviv on Fire est réjouissant et drôle. S’appuyant sur un personnage improbable et une série télévisée à l’eau de rose l’intrigue souligne ce qui rapproche Israéliens et Palestiniens, et se moque de ce qui les sépare. L’humour aigre-doux du film prend toute sa dimension quand la série télévisée est prise en otage par le duo inattendu que forment Salam, le personnage principal, et Assi,un officier israélien d’abords revêche mais finalement attachant.

Malgré le choix de l’humour, Sameh Zoabi charge son film d’un message politique sans ambiguïté. Ce n’est pas innocent si son personnage se prénomme Salam, qui signifie « paix » en arabe. Mais la réalité du conflit étant ce qu’elle est, le film ne fait pas l’impasse sur une fin qui est moins douce que très amère. La paix, oui, mais comment ? Une des réflexion de Salam est d’ailleurs de se demander s’il existe une alternative à la soumission ou à la violence. Une manière de faire dire à son personnage que la solution ne sera pas trouvée dans la violence ou la compromission, mais dans le compromis.


C’est Kais Nashef, acteur arabe-israélien découvert dans Paradise Now et aperçu dans Body of Lies de Ridley Scott, qui prête ses traits à Salam. Il en fait un personnage attachant, et même touchant, malgré un caractère lymphatique peu séduisant de prime abord. La seule « personnalité » du film est l’actrice belge Lubna Azabal, parfaite dans le rôle d’une starlette française venue cachetonner sur une série qu’elle dénigre discrètement. Le rôle est complexe, mais Lubna Azabal réussit à lui donner corps sans faire abstraction de la légèreté qui sied à la comédie.

La filiation annoncée avec l’œuvre de Woody Allen n’est pas scandaleuse, loin de là, mais le film de Sameh Zoabi n’a pas besoin de cette référence pour être séduisant sur le fond et réussi dans sa forme. Caustique et subtil, Tel-Aviv on Fire est un pari réussi pour son auteur. Dans le contexte actuel du conflit israélo-palestinien, en plus d’être drôle, ce film est une œuvre intelligemment militante qui fait du bien.

Tel-Aviv on Fire est à voir dans les salles depuis le 1er mai.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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