Timon, faut-il désespérer de tout ? aux Tanneurs

Le collectif anversois de Roovers livre avec son Timon d’Athènes une création rythmée, décadente, et follement esthétique. Travaillant sans metteur en scène, le collectif s’approprie ici une pièce méconnue de Shakespeare, et inaugure ainsi sa trilogie Cycle du Dollar sur la crise financière.

Dans cette œuvre de quatre siècles, Timon, riche et prodigue citoyen d’Athènes, vit de fêtes, de dîners et de plaisirs. Dans cette orgie permanente, les amis sont légion, à profiter des cadeaux et des libéralités de Timon. Pourtant, lorsque les coffres sont vides et les créanciers à sa porte, aucun d’eux n’accepte de l’aider. Plongeant dans un désenchantement amer et une haine des êtres humains, Timon, devenu misanthrope, se retire dans les bois où il couve des projets de vengeance.

Au travers de cette parabole, c’est bien évidemment l’argent qui pervertit, qui corrompt, qui pourrit les rapports humains qui est mis à la question. Dans une démocratie un temps exemplaire qui se transforme en ploutocratie, lorsque les institutions sont corrompues, lorsque le matérialisme prévaut et que le système (capitaliste) est à bout de souffle, peut-on encore espérer de l’homme ?

De cette œuvre brute et peut-être moins ciselée, raffinée que d’autres de Shakespeare, le Collectif de Roovers en tire avec intelligence une pièce rock, excessive et décadente. Adapté et partiellement retraduit, le texte est malaxé par l’accent flamand. La langue en devient singulière, robuste et percutante. Les acteurs en jouent, font claquer les mots, s’approprient le texte et nous le rendent accessible.

Avec un plaisir de jouer évident, la troupe alterne avec panache et entrain jeu comique, attitudes clownesques et postures dramatiques, voguant avec grand talent du registre de la réflexion à celui de la moquerie et de la dérision, réservé aux cupides et aux oisifs. Dans une scénographie parfaite appuyée par des jeux de lumières travaillés, les 6 acteurs assurent plus de 20 rôles. Ils déroulent un ton rythmé, léger et teinté d’humour sous le grand lustre magnifique, flamboyant de tout le faste de Timon et d’Athènes, dont il ne restera bientôt que des lambeaux.

De cette adaptation particulièrement réussie, on retient le côté complétement décalé et tellement juste !

Timon d’Athènes jusqu’au 28/01/2017 au Théâtre des Tanneurs
Création de: Robby Cleiren, Sarah De Bosschere, Luc Nuyens, Sofie Sente, Stef Stessel et Michael Vergauwen
Texte: William Shakespeare
Avec: Robby Cleiren, Sarah De Bosschere, Bert Haelvoet, Luc Nuyens, Sofie Sente et Reindert Vermeire

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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