Tout feu tout femme tout faille, les Blondes au pouvoir!

« Françoise est conseillère communale. Et ce soir, c’est conseil communal. Elle doit y présenter un projet pour relancer le tourisme dans une petite bourgade wallonne, pour éviter de tomber dans les sempiternelles propositions de plus grand saucisson ardennais ou de Miss t-shirt boueux. Le hic, c’est qu’elle n’a pas vraiment d’idée. A part que cela doit être une fresque grandiose, pleine de SENS. Heureusement, Béatrice la bibliothécaire coincée de la maison communale vient à sa rescousse, aidée de Camille, l’instit gentille férue de philosophie, ou du moins de citations philosophiques. A trois, elles auront un peu plus d’une heure pour mettre sur pied leur projet de reconstitution historique et faire rire le public… »

Pari réussi. La salle a ri. Et pas qu’un peu. C’est que les situations loufoques ne manquent pas. Beaucoup de trouvailles, tant scéniques que textuelles, ponctuent une pièce un peu lâche aux entournures. Il y a des bonnes répliques, des dialogues qui fusent, des jeux de mots appréciables. Dans ces moments de réparties improbables, on touche une grâce comique que les monologues ont moins. Malgré tout, les actrices se donnent, assumant des rôles clichés pour les besoins de la pose: la femme forte au coeur tendre incapable de s’imposer dans sa vie sentimentale et décuplant ses revendications ailleurs, la bibliothécaire ringarde entretenant une correspondance épistolaire avec un jeune Hollandais, l’institutrice dévouée noyant ses casseroles passées dans des lectures philosophiques dépassées.

Les personnages sont caricaturaux, soit. Mais quel trio attachant que ces trois blondes paumées qui tâchent de se racheter une dignité dans la personne de Marie Faucon. Car il est bien là le moteur de la pièce: ressusciter la dernière macrale brûlée vive sur la place du village, rejouer le procès fantôme de la veuve Faucon injustement accusée de sorcellerie et rappeler à la mémoire collective ses dérives hérétiques. Sur scène, donc, on assiste à la naissance du projet et on profite des recherches effectuées par nos trois demoiselles, récitantes averties de réels témoignages de l’époque. Instant suspendu où la réalité rejoint le spectacle, puisque ces textes que nous livrent les actrices, ce sont ceux-là mêmes qu’elles ont dégoté en bibliothèque lors de leurs recherches.

« Françoise : Mais qu’est ce qu’on va faire avec ça ?

Béatrice : C’est pour ton spectacle !

Françoise: Je voulais quelque chose de local (…) Quelque chose qui parle au cœur des gens.

Béatrice : Mais Françoise, ce sont nos ancêtres qui ont fait ça. Ils les ont toutes brûlées, écartelées, mises au bûcher. On va leur remémorer leur histoire. Il ne faut pas qu’ils oublient ce qu’ils ont fait aux femmes du Moyen Age. »

Oui, Tout feu tout femme est une production quasi complètement féminine. Anne Beaupain, Barbara Borguet et Caroline Lambert ne se contentent pas de jouer, elles ont créé. Au départ de cette pièce, donc, l’envie de jouer à trois, après une rencontre fructueuse sur Noises en novembre 2010. Mais surtout, l’envie d’écrire ensemble. Tout s’enchaîne à partir de cela. Le texte est bouclé en une semaine, avec comme point de départ les personnages et les relations entre eux. Eric de Staercke prête son expérience à tous les niveaux, à l’écriture, à la mise en scène, à la diffusion.

Résultat : un spectacle dynamique qui se joue actuellement aux Riches-Claires mais qui n’attend qu’une chose, de tourner en Wallonie, la Région servant de lieu d’action; un spectacle qui doit beaucoup à l’énergie déployée par les trois actrices (mention spéciale à Caroline Lambert dont la prestation énerve mais impressionne surtout) ; un spectacle original aussi, qui allie histoire de sorcières et gynécée communal.

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de voir trois femmes interroger leur féminité dans une salle de pouvoir local. Et ça fait du bien.

Du 17 décembre 2013 au 4 janvier 2014 (deux représentations le 31 décembre) au Centre Culturel des Riches-Claires

Mise en scène:  Eric De Staercke

Avec:  Anne Beaupain, Barbara Borguet et Caroline Lambert

Plus d’informations sur le site des Riches-Claires.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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