Tunnel au BIFFF : ils sont forts, ces Coréens !

Vous pensiez avoir tout vu en matière de films catastrophes ? Détrompez-vous ! Les Coréens sont loin d’avoir tout dit ! La perspective de voir un remake coréen de Daylight ne m’enchantait pas, fut-elle dans l’ambiance survoltée du BIFFF… Mais c’était oublier la finesse du cinéma coréen qui, même quand il s’approprie un genre usé jusqu’à la corde, arrive toujours à le sublimer. C’était le cas avec l’impressionnant I saw the Devil (Corbeau d’or du 29ème BIFFF), qui transcendait le revenge movie de façon viscérale, ou encore The Hoost qui revisitait de manière totalement originale le film de monstres. Voir aussi l’article de Douglas Linge sur les films coréens.

Mais revenons-en au fait : lundi 10 avril était projeté Tunnel de Kim Seong-hoon, réalisateur de Hard Day. Après des fleurons tels que L’aventure du Poséidon et La Tour infernale, la plupart des réalisateurs sans imagination se demandent ce qu’on peut encore raconter dans un film catastrophe. A cette question, qui ne mérite aucune réponse, les Coréens nous l’enfoncent bien profond en nous donnant une grande leçon de cinéma. Kim Seong-hoon démontre pendant plus de deux heures qu’un sujet n’est pas usé tant qu’on ne l’a pas décidé et que la nature humaine est loin d’avoir été sondée jusqu’au bout.

A partir de l’effondrement d’un tunnel, le réalisateur explore la mauvaise conscience d’un pays et ses débordements journalistiques. L’exposition du personnage est caractérisée en quelques plans très simples : un gâteau, deux bouteilles d’eau, une femme. Il est ensuite précipité très rapidement dans ce tunnel. La réussite du film vient de la maîtrise entre humour et drame. Tunnel est toujours sur le fil entre comédie et mélo, oscillant admirablement entre son potentiel à nous faire mourir de rire par la bêtise de la politique du pays et le déchirement lors des échanges entre le personnage principal et sa femme.

On l’aura compris, le traitement du film catastrophe par le cinéma coréen est à l’exact opposé du cinéma hollywoodien. Dans une interview recueillie par Martin Debat lors du 23ème Festival International des Cinémas d’Asie (FICA), le réalisateur Kim Seong-hoon expose sa conception de ce genre :

Oui forcément, on pense à tous ces films hollywoodiens à grand spectacle sur des catastrophes gigantesques. C’est divertissant, mais c’est très loin de ce que je fais. Je ne voulais pas me focaliser sur le désastre mais sur les conséquences.

La distribution du film est pour beaucoup dans l’immense réussite de ce film. Le personnage principal est incarné par Ha Jeong-woo, récemment vu dans le film Mademoiselle de Park Chan-wook (invité d’honneur de ce 35ème BIFFF). Les plus perspicaces auront reconnu Bae Doona dans le rôle de la femme du héros, qui jouait dans Cloud Atlas et Jupiter Ascending des frères Wachowski. Mention spéciale à Oh Dal-soo qui trouve ici un magnifique rôle de sauveteur profondément humain, après être passé entre les mains du héros de Old Boy dans une scène de dentisterie des plus barbares.

Quel plaisir de visionner un pareil film, accompagné par les rires et les réactions du public du BIFFF ! Ce même public qui dans les moments d’émotions est capable de sobriété. Comme quoi, il y a beaucoup de tendresse dans cette tribu de bifffeurs…

Visitez le site officiel du BIFFF !

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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