Under the skin, attention chef-d’oeuvre

Une extraterrestre débarque sur Terre, prend l’apparence d’une séduisante jeune femme et part ainsi en quête de proies humaines forcément sensibles à son sex-appeal. C’est mot pour mot le synopsis proposé par le distributeur du film. C’est à la fois complètement juste et terriblement réducteur. Mais comment faire autrement sinon proposer un résumé complet de l’ovni (garanti sans jeu de mot) qu’est ce film qui pose plus de questions qu’il ne propose de réponses.

Souvent utilisé de manière abusive, le terme ovni n’est pas volé en ce qui concerne Under the Skin, qui tient du film de science-fiction autant que du thriller hypnotique, du tableau social de l’Écosse contemporaine, du portrait de femme et du récit d’apprentissage cruel. Simple et complexe à la fois, Under the Skin est un film qui fait du paradoxe son ADN artistique.

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Méthodique et implacable dans sa mission, aussi mystérieuse que peu sujette au doute quant à sa finalité mortifère pour les hommes qui succombent à leur libido, le personnage, incarné par une Scarlett Johansson qui n’a jamais été aussi sensuelle, finit par laisser paraître des signes d’humanité qui sont autant d’erreurs qui compromettent sa mission et engendrent un comportement erratique qui pose question. La curiosité qu’elle développe pour cette humanité qu’elle incarne dans ce qu’elle a de plus charnel se retournera contre elle.

A un fond solide, qui pourrait s’apparenter à une métaphore de la condition féminine, Jonathan Glazer, réalisateur de Sexy Beast (2000) et de Birth (2004), associe une forme tout aussi déconcertante qui puise sa force d’une variété de traitement de l’image. Caméra cachée ou clandestine et esthétique ultra léchée, qui rappelle la maîtrise de Kubrick sur 2001 : l’Odysée de l’Espace, créent une alchimie surprenante, naviguant entre réalisme documentaire et psychédélisme hypnotique.

Glazer a multiplié les séquences, de drague principalement, filmées en caméras cachées pour saisir la réaction de simple passants face à une femme (Scarlett Johansson, excusez du peu) entreprenante. Ainsi, Scarlett a sillonné les rues de Glasgow dans une camionnette équipée de caméras cachées pour demander sa route et ensuite entamer un dialogue suggestif pour éventuellement embarquer la proie fictionnelle mais diablement réelle. Déstabilisés, ne reconnaissant pas l’actrice, ces acteurs spontanés font de ces scènes un moment cinématographique d’anthologie. D’autres plans, tournés en caméra clandestine à Glasgow, captent les réactions des passants face à Scarlett Johansson tombant à terre en pleine rue. Troublant.

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Under the Skin est un film hors des sentiers battus, totalement déroutant, qui rappelle d’une certaine manière le meilleur du cinéma de science-fiction des années 70. Une œuvre audacieuse et impressionnante de sincérité qui ne saurait laisser indifférent. A aimer ou à détester, mais à voir absolument.

Dès le 25 juin 2014 dans les salles.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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