Verlaine à Mons, un poète derrière les barreaux

Pour sa dernière exposition de l’année culturelle, le Musée des Beaux-Arts de Mons met en lumière une grande figure de la littérature française: Paul Verlaine. Poète mal-aimé, vivant dans l’ombre de son amant Rimbaud, cet illustre homme de lettres acquiert via cette magnifique exposition la reconnaissance qui lui est due.

Difficile, au premier abord, de (ré)citer du Verlaine. Pourtant, aux premiers mots d’un poème, on se surprend à en déclamer la suite. C’est que Verlaine est quelque peu fané, spectral dans la mémoire collective. L’exposition retrace le parcours d’un homme tourmenté, passionné, indécis, outrancier, très entouré, mais seul.

Après une brève entrée en matière, l’exposition se concentre sur la célèbre affaire de Bruxelles, celle qui voit Verlaine, ivre, tirer deux coups de pistolet sur Rimbaud, le blessant au poignet. Et sur ses conséquences : il est immédiatement arrêté. S’ensuivent un procès tumultueux, des examens humiliants, des juges intraitables. Verlaine est condamné à une peine d’emprisonnement, malgré le retrait de plainte de Rimbaud. Il paie en réalité sa mauvaise réputation, son penchant irrépressible pour l’alcool (ce démon ne le quittera jamais), ses nombreux scandales et ses mœurs plus que douteuses. Incarcéré à Bruxelles, il est rapidement transféré à la prison de Mons, cellule 252, où il restera deux ans. Il s’ennuie beaucoup, lit beaucoup. Se retrouvant seul face à lui-même, en plein désarroi, il se tournera vers la foi et écrira quelques-uns de ses plus beaux poèmes. Ce passage forcé à Mons marque un tournant dans l’existence du poète ; il ne sera plus tout à fait le même et ce changement se répercutera dans son œuvre.

Une œuvre dont on se rend compte de l’ampleur au travers d’une très riche collection de documents, photos, dessins et textes rares, certains inédits, mis en lumière par une scénographie intimiste. On suit cette exposition comme on lit un savoureux roman policier, entre la poésie du maître, la correspondance enflammée et effrontée des deux amants usant de codes, le triangle amoureux qu’ils forment avec Mathilde – la femme de Verlaine -, les nombreuses disputes et coups bas, l’enquête rocambolesque, les dépositions des intervenants lors du procès, les rapports des médecins, des agents carcéraux… Objet emblématique le plus connu de la littérature française, le fameux pistolet est pour la première fois exposé au grand public ; impressionnant par son histoire, il ne paie pourtant pas de mine. Mais c’est bien le symbole qui marque la chute, l’isolement, l’introspection du poète et, plus tard, sa renaissance prolifique.

Parade sauvage

En marge de Verlaine, cellule 252, l’exposition Parade Sauvage, clin d’œil à Rimbaud, propose quelques œuvres de la beat generation, mouvement de résistance artistique et littéraire des sixties. C’est Woodstock, c’est Mai 68, les artistes bousculent l’ordre établi, rompent avec le conformisme et l’académisme bourgeois. Ils utilisent la nature, l’anarchie, le rituel ou le travestisme comme moyen d’expression. On aime ou on déteste.

Verlaine, cellule 252 & Parade Sauvage

Jusqu’ 24 janvier 2016 au BAM, 8 rue Neuve à Mons
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h; gratuit les premiers dimanches du mois
Tarifs:
9-12€

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Coordinatrice éditoriale pour Culture Remains, j'use aussi de temps à autres de ma plume. Culturellement plutôt classique, je reste toujours ouverte à d'autres horizons.

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