Quand vient la nuit, Michael R. Roskam en impose à Hollywood avec un polar classique mais cinglant

Attendu, c’est peu dire s’il l’était ce deuxième film dans la lumière du réalisateur du coupe de poing qu’était Rundskop, âpre et sombre drame dans le milieu fermier des engraisseurs et qui l’avait révélé à la face de la Belgique, de la France et, maintenant, du monde entier.

Et il faut croire que le réalisateur belge aime le noir, cette noirceur virtuose qui habille ses films et dessine les portraits des héros ou des malfrats. Et dans The Drop, ne fut-ce que par son titre français (Quand vient la nuit), il n’en va pas autrement. La nuit est le meilleur théâtre des polars obscurs et sans issue. Ici, Roskam y a rajouté un peu de la neige de l’espoir dans un monde où les méchants mentent, les bons… aussi.

Ici, alors que pourtant la nuit parle souvent de chats tout gris, c’est avec un chien que tout commence, un matin de Brooklyn. Quand Bob Saginowski (Tom Hardy), bien loin de son barman casanier et solitaire du Bar Cousin Marvin (tenu par son vrai cousin, interprété par le toujours imposant James Gandolfini dans son dernier rôle) sauve un jeune pitbull massacré et jeté dans une poubelle. Lui qui regarde, naïvement, ou en tout cas passivement, les bandits blanchir l’argent sale dans les Drop-Bars (ces bars de dépôts choisis au jour le jour et où toute la pègre se retrouve pour déposer l’argent de menus larcins), il trouve en ce chien une échappatoire et une possibilité de s’apaiser dans son monde bousculé par un violent braquage, qui fera resurgir bien des secrets.

Des secrets, toujours des secrets, qui semblent hanter Michael R. Roskam, et avec raison puisque ce premier film hollywoodien est une vraie réussite. Tout d’abord par son investissement dans la ville, ici Brooklyn, qui croise la route de Ben Affleck et de son Gone Baby Gone ou de son Town, ou celle de Clint Eastwood dans Mystic River. Marrant, ces références, puisque deux de ces trois films sont l’oeuvre d’un même auteur: Dennis Lehane, auteur de Gone Baby Gone et de Mystic River (ou, dans un autre genre, de Shutter Island, aussi). Et même si le scénario est somme toute classique, toute la force de Roskam vient de sa volonté de ne pas céder aux crédos des blockbusters actuels faits de sang et d’action. Il livre ici un film bavard, dans le bon sens du terme, sans beaucoup d’action mais avec beaucoup de rythme (soutenu par la musique toujours aussi précise de Marco Beltrami).

Tom Hardy très juste dans un rôle qu'on ne lui connaissait pas jusqu'ici
Tom Hardy très juste dans un rôle qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici

Force aussi dans le chef de Tom Hardy, impeccable dans un rôle d’homme désabusé à la force tranquilleque Ryan Gosling n’aurait pas renié. Hardy est un grand acteur et obtient enfin le rôle qu’il lui manquait pour confirmer toute l’étendue de son talent dramatique (après ses nombreux rôles de bad boy ou de costaud et avant sa reprise tant attendue du rôle de Mad Max), sans muscles (pour une fois) mais avec beaucoup de chair, celle d’un antihéros. Noomi Rapace, aussi, est toujours aussi charmante et fraîche même dans un rôle de femme torturée et enlaidie du passé. Matthias Schoenaerts, lui, est un peu en retrait en petite frappe (un rôle semblable au sien dans Blood Ties) bourrue et inquiétante, il fait le boulot avant de plus grands rôles très prochainement. Enfin, il reste le formidable et regretté James Gandolfini, dans son dernier rôle, magistral dans sa bonhomie et croustillant dans ses « Haddockeries » (il aurait pu le jouer le Capitaine Haddock). Ce film qui lui est dédié est un testament devant l’éternel du talent d’un homme emporté bien trop tôt par la cruauté d’une vie impitoyable.

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En mémoire de James Gandolfini, qui laisse le goût amer de ceux qui vont cruellement nous manquer.

Et impitoyable, Quand vient la nuit ne pouvait que l’être, de la scène d’entrée (excellente) à l’ultime scène, le bilan ne pouvait qu’être mortel dans cette histoire de bandits modernes, à sens unique. Une fable nouée d’humour noir sur le crépuscule des hommes et leur possibilité à toutefois se rendre à la rédemption, plutôt qu’aux hommes de loi! Michael R. Roskam prouve qu’il est bel et bien parti pour une belle et singulière carrière au cinéma. Tant mieux, parce que nuit ou pas, malfrats ou pas, on ne peut qu’en redemander, c’est nocturne mais brillant!

The Drop (Quand vient la nuit), au cinéma ce 24 septembre (le 12 novembre en France), 107 min, Avec Tom Hardy, James Gandolfini, Noomi Rapace et Matthias Schoenaerts.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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