Volcan/Une histoire du clitoris

Trois comédiens – deux femmes, un homme – enquêtent sur l’histoire du clitoris à travers les âges, eux-mêmes secoués par son épopée. Au gré de leur narration, le trio devient tour à tour conférencier, sociologue, linguiste, historien, anatomiste, récitant de poèmes, chanteur, pénitent, sorcier,… Ce faisant, il conjugue le sérieux et la gravité des informations transmises sur le clitoris avec le potentiel de joie, de légèreté et de grâce qu’un sujet comme le plaisir féminin comporte.

Voilà ce que nous propose le spectacle du Théâtre de Poche jusqu’au 3 décembre. Sur le papier, le programme a l’air plutôt alléchant. Pourtant dans les faits, Volcan/Une histoire du clitoris n’est vraiment pas à la hauteur de nos attentes. Et c’est bien dommage car le spectacle avait tout pour plaire : une thématique intéressante, peu exploitée et une approche ludique. Le tout, sur un ton léger et second degré.

Clit’s Anatomy

Sur scène, trois comédiens – deux femmes et un homme – nous parlent du clitoris, cet organe méconnu et longtemps mal-aimé par les hommes mais également par leur propriétaire.

Les leçons d’anatomie qu’ils nous dispensent avec humour ne sont pas de trop et c’est en le voyant projeté sur grand écran dans toute sa « splendeur » qu’on comprend pleinement l’importance de cet organe. C’est que le clitoris est trop souvent réduit à sa « face émergée de l’iceberg », le gland, déjà bien caché dans son capuchon. Pourtant, il se prolonge bien au-delà et le savoir, c’est tout simplement mieux connaître son corps et mieux appréhender son plaisir et/ou celui de sa partenaire.
Le spectacle se veut donc pédagogique. Un peu comme si Il était une fois la vie se déclinait en version +16 ans.

clitoris

Il était une fois… le clitoris.

Caché dans le sexe féminin et à peine visible en surface, cet organe entièrement dédié au plaisir, a quelque chose de mystérieux et de fascinant. De tout temps, de folles théories ont circulé sur le clitoris, devenant tour à tour objet de fantasme et de rejet. Des anecdotes historiques, savoureuses à souhait, sont distillées à travers tout le spectacle. Mais elles ne seront malheureusement que des anecdotes, livrées pour rire mais pas forcément pour réfléchir. Le ton pince-sans-rire des comédiens souligne cependant l’absurdité des croyances d’autrefois :

Dès l’Antiquité, les Grecs s’y intéressent et considèrent que le clitoris n’est en réalité qu’un pénis avorté. « Logique » puisqu’à l’époque, la femme est perçue comme une version « ratée » de l’homme.
Au XIXè siècle, les « hystériques » étaient soignées à coups d’orgasmes délivrés par des docteurs sûrement très dévoués à leur tâche…

Au fil des siècles, le clitoris devient donc source de fantasme, d’étonnement mais également de dégoût et de peur. La religion s’en mêle, bien entendu, et les théories les plus folles circulent sur son sujet. Sur le plan historique, le clitoris revient donc de loin. Mais ce n’est pas pour autant qu’il est mieux connu de nos jours. Voyez plutôt :

« Si l’on en croit un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin par le Haut Conseil à l’égalité (HCE), un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris, et 83 % des collégiennes de 4e et de 3e ignorent sa fonction. » Source : Libération. 31/08/2016

Il y a encore du chemin à faire. Et c’est un peu dommage que le spectacle ne se veuille pas un peu plus politisé et interpellant, comme c’est la coutume au Poche, car les conséquences de cette méconnaissance sur le plan anatomique mais également social sont importantes : que dire des hermaphrodites ? des personnes intersexuées ? que dire de l’excision ? Cette dernière est vite fait abordée mais rien à faire, les métaphores et chants des comédiens nous laissent un goût de trop peu.

De l’incompréhension de la métaphore

clitoris

Somme toute, le spectacle est plutôt bon dans son approche pédagogique teintée d’humour mais on grince un peu des dents quand il se veut plus abstrait. Danses étranges, mimiques de masturbation, gesticulations et gémissements, on peine à comprendre le sens de ces simagrées. Le ton de déclamation des comédiens commence à lasser. Cherche t-on à alléger le ton ou à le rendre plus lourd sous ces métaphores dont on peine à comprendre le sens ?
Les allusions au sexe féminin sont claires. Ce qui l’est moins, c’est la démarche et ce qu’elle apporte au spectacle. On cherche encore.

À vrai dire, ce que l’on reproche surtout au spectacle c’est son manque de profondeur. À vouloir jouer sur tous les plans – historique, pédagogique, artistique – on a la désagréable impression qu’on ne fait qu’effleurer le sujet. Et si on a bien retenu quelque chose de la pièce, c’est qu’effleurer ne suffit pas, il faut oser explorer des territoires inconnus et tabous. Peut-être aurait-il été plus intéressant de se pencher sur un des aspects et de le creuser plutôt que de chercher à tout aborder dans un spectacle quelque peu brouillon.  

On sort donc un brin frustré de ce spectacle. Ce qui est un comble quand on y parle de clitoris.

Après 1h, le spectacle se termine sur sa métaphore la plus réussie (enfin !). Les comédiens jouent avec des mandarines qu’ils lancent au public avant de les dévorer à pleines dents. Ah! Les mandarines, merveilleuses petites boules à chair tendre qui libèrent ce jus si délicieux. Bref, une évocation du clitoris pertinente, subtile et sexy. C’est tout ce qu’on attendait de ce spectacle au final…

Si vous souhaitez vous faire votre propre opinion, le spectacle est à voir jusqu’au 3 décembre au Théâtre de Poche.

De : Conception collective

Avec : Olivier Chevillon, Karine Jurquet et Inbal Yalon

Mise en scène : Natalie Yalon

Durée : 1h

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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